Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/962

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silence nous permettait de le croire, — avec l’adhésion tacite de l’Allemagne. Aussi l’opinion générale, et non pas seulement celle des puissances avec lesquelles nous avons traité, mais celle aussi de la plupart des autres, nous est-elle favorable, et nous avons pour nous ces quantités impondérables dont a parlé Bismarck, qui, mises dans un des plateaux de la balance, le font quand même pencher de leur côté. Nous conserverons jusqu’au bout la même attitude, prêts à fournir toutes les explications et recherchant même l’occasion de les donner, si l’on veut bien s’y prêter ailleurs. Nous ne savons encore ni ce qu’on veut de nous, ni ce qu’on veut du Maroc, ni ce qu’on veut des autres puissances, à supposer qu’on ait, en effet, l’intention de les saisir, sous une forme quelconque, d’une affaire qui est réglée pour la plupart d’entre elles et qui intéresse médiocrement les autres. Quant à notre politique au Maroc, les déclarations de M. Delcassé à la Chambre montrent que nous ne voulons ni la modifier, ni l’accélérer. Nous comptons avec le temps et sur lui. Tout le monde s’apercevra à la longue que, si nous nous sommes inspirés de nos intérêts au Maroc, nous ne les avons pas distingués de l’intérêt général ; et, certes ! on ne peut pas demander à une nation plus qu’à un particulier de renoncer à ses intérêts ; on ne peut lui demander que de les bien placer. Nous l’avons fait. L’Allemagne bénéficiera de notre œuvre civilisatrice comme les autres et plus que beaucoup d’autres, parce qu’elle est, parmi toutes, celle qui grandit et se développe le plus en ce moment. Le Maroc peut devenir un champ d’action merveilleux pour l’activité commerciale de l’Europe et de l’Amérique. Il n’y manque qu’une chose, la sécurité : peut-on nous reprocher de vouloir l’y introduire ? Doit-on entraver nos efforts lorsqu’ils se proposent ce but ? Là est toute la question.

La discussion de la séparation de l’Église et de l’Étal se poursuit à la Chambre des députés souvent avec éloquence et toujours avec intérêt ; mais elle semble de plus en plus devoir conduire au terme fatal de la dénonciation du Concordat. Résumer cette discussion serait tomber inévitablement dans des redites, car le nombre des argumens en faveur d’une thèse ou de l’autre est limité, et les discours se différencient surtout les uns des autres par l’habileté des orateurs à grouper ces argumens, et par le talent de parole qu’ils mettent à les développer.

De tous ces orateurs, celui qui a produit la plus forte impression sur la Chambre et sur l’opinion est M. Ribot. Nous regrettons qu’il