Page:Revue des Deux Mondes - 1906 - tome 31.djvu/573

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Mais, si ce grief du Roi apparaît moins dans la correspondance qu’il ne s’y devine, il en est d’autres qui s’y trouvent exposés tout au long et qui, successivement, donnèrent lieu à de pénibles querelles, voire à des brouilles momentanées. Celui sur lequel on voit Louis XVIII s’expliquer à plusieurs reprises résultait de la facilité avec laquelle le Comte d’Artois promettait aux personnes de son entourage des grâces, des grades, des décorations, les leur accordait même sans attendre l’agrément de son frère, au nom duquel il les distribuait et à qui il était tenu de les demander. Dès la fin de 1796, c’est une affaire de ce genre qui met aux prises le souverain et le lieutenant général du royaume.

D’Edimbourg où il a dû se retirer, Monsieur demande à son frère le cordon rouge pour MM. de la Rozière, de la Chapelle et de Chalus, la grand-croix de Saint-Louis pour le général d’Autichamp et le cordon bleu pour M. de Miran, distinctions que, par leurs services à l’armée des princes, ou en Vendée, ont méritées ces gentilshommes. Mais celui d’entre eux, à qui Monsieur est le plus pressé de faire obtenir le cordon rouge, est La Rozière. Cet officier général va s’éloigner de lui pour suivre une expédition que l’Angleterre envoie en Portugal afin de faire échec à l’Espagne, qui a conclu la paix avec la République. Le Roi ne se hâtant pas de répondre à cette requête, le Comte d’Artois, interprétant ce silence comme une approbation, autorise La Rozière à porter le cordon aussitôt qu’il sera arrivé en Portugal. Au reçu de la lettre qui mentionne cet acte d’autorité qu’il considère comme une violation de ses prérogatives, — c’est le 22 décembre, — Louis XV1I1 prend la plume et manifeste son mécontentement.

« Je suis affligé de ce qui s’est passé au sujet de La Rozière. Il vous était facile de préjuger mon intention de lui donner le cordon rouge. Mais je ne comprends pas que vous ayez pu croire que ce fût mon intention dans ce moment-ci. Vous savez, et vous me le reprochez, que mon intention est de ménager l’Espagne. Est-ce la ménager que d’accorder une grande grâce à celui qui va la combattre ? Je sais bien que je puis annuler l’effet de cette grâce. Mais, Dieu me préserve d’avoir jamais ce pouvoir sur moi-même. Je me tirerai de ceci comme je le pourrai. Mais, au nom de Dieu, ne mettez plus le Roi en compromis avec votre ami. »