Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/120

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


l’Espagnol Faul Orose ne se résigne pas à croire que tout soit perdu sans retour. Sans le dire expressément, il imagine que les peuples qui ont vécu si longtemps sous la domination romaine ne pourront jamais l’oublier tout à fait, et que, même quand ils seront séparés les uns des autres, ce souvenir créera un lien entre eux et une sorte de parenté à laquelle ils se reconnaîtront Il espère que si l’Imperium romanum est condamné à disparaître, il ne finira pas tout entier, qu’il en survivra quelque chose dans les nations désagrégées, et qu’elles formeront encore ce qu’il appelle la Romania.


VIII

Orose ne s’était pas trompé. L’Empire romain n’existe plus depuis quinze siècles, et les tentatives qu’on a faites pour le rétablir dans sa grandeur ont échoué. Mais la Romania n’a pas tout à fait disparu, et, dans presque toutes les nations de l’Europe méridionale, quelque chose de Rome se retrouve. Voilà pourquoi on les appelle d’ordinaire les races latines.

Ce nom est mal donné. Les physiologistes, qui mesurent les dimensions des os, la conformation des crânes, la couleur de la peau, n’ont pas de peine à prouver que tous ces gens qu’on réunit sous le même nom ne forment pas une race unique et qu’originairement ils appartenaient à des pays différens. Dans l’antiquité même, on distinguait chez eux des Ligures, des Celtes, des Ibères ; depuis, ils se sont accrus de Goths, de Vandales, de Francs, de Scandinaves, etc. Il n’y a donc pas, à proprement parler, de races latines, il y a des nations, qui ont vécu longtemps sous la domination romaine, et qui en gardent l’empreinte, des fils adoptifs, qui sont arrivés à Rome de toutes les parties du monde, qu’elle a groupés autour d’elle, qu’elle a nourris, qu’elle a formés, et qui sont devenus avec le temps ses fils légitimes. La science de nos jours a exagéré l’influence de la race dans le caractère des individus et des peuples. Les raisons physiologiques n’expliquent pas tout ; il y en a d’autres qui n’ont pas moins d’importance. Une éducation semblable, l’habitude de vivre ensemble, la lecture des mêmes ouvrages, l’admiration des mêmes grands écrivains, peuvent créer à la longue chez des peuples d’origine diverse un tour d’esprit commun qui devient