Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/122

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études libérales, à la pratique des lettres ; c’est une certaine douceur de mœurs qui nous incline à l’indulgence, à la sympathie pour les autres, même quand ce sont des ennemis ; un fond de générosité, dont nos rivaux nous raillent, après en avoir profité, et qui est pour nous à la fois un honneur et une faiblesse. Elle nous rend incapables de cette ténacité de haine que nous voyons chez certains peuples, qui ne s’arrêtent dans leurs vengeances qu’après avoir épuisé leurs ressenti mens et rassasié leurs appétits ; elle nous enflamme pour des idées et nous pousse quelquefois dans des entreprises contraires à nos intérêts véritables, pour peu qu’elles nous paraissent justes et grandes. N’est-ce pas à peu près ce que les anciens entendaient par l’humanité ?

Quand j’étudiais, un peu trop longuement peut-être, comment cette notion de l’humanité est arrivée de la Grèce à Rome, de quelle manière elle y a été reçue, et la marche qu’elle a suivie jusqu’au jour où les sages l’ont formulée définitivement dans leurs ouvrages, je n’écrivais pas seulement un chapitre d’histoire ancienne. Nous avons profité nous aussi de ce qui s’est fait à cette époque lointaine ; Scipion Émilien, Cicéron et les autres ont travaillé pour nous, et il nous faut remonter jusque-là pour nous bien connaître ; c’est là que nous trouverons les origines de la civilisation dont nous vivons ; et je crois bien que si les nations latines voulaient choisir un mot qui exprime ce qu’elles ont de plus élevé dans leurs aspirations et qui résume les qualités qui font d’elles des alliées et des sœurs, un mot qui pût leur servir de devise et de ralliement dans une entente commune, elles n’en trouveraient pas de plus juste et de plus vrai que celui d’humanitas.


GASTON BOISSIER.