Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/147

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qualifie rageusement Gui Patin, après obtention de l’arrêt du Parlement de 1660, qui confond en une troupe unique et subalterne les barbiers-chirurgiens, — tonsores chirurgici, — et les chirurgiens lettrés, leur ordonne à tous de tenir boutique ouverte sous peine d’amende, leur défend de porter robe et bonnet, de conférer des grades et même de prendre le titre de « collège. »

L’élite d’entre eux y avait droit pourtant, depuis plus de cent ans qu’un édit de François Ier avait mis les professeurs, bacheliers et licenciés de chirurgie du collège de Saint-Côme, en possession « de tels et semblables privilèges, franchises et immunités dont les écoliers, docteurs et suppôts de notre université ont accoutumé de jouir. »

Il y a d’ailleurs une grande part de légende, sinon dans le récit des longues contentions judiciaires entre les chirurgiens et les médecins, du moins dans l’opinion généralement admise sur la situation respective de ces deux professions. Cette opinion erronée tient, comme beaucoup d’autres, à ce que l’on a écrit l’histoire d’après les textes et non d’après les faits ; au lieu de regarder vivre les hommes, on a raconté les lois. Aujourd’hui où les lois sont un peu plus appliquées que jadis, il existe encore une grande dissemblance entre les Français du Code et les Français de la vie réelle. Il y avait un abîme autrefois, où la législation multiforme et contradictoire des ordonnances, déclarations, arrêts du Conseil et des cours souveraines induit l’historien, qui la prend au pied de la lettre, à tracer de l’ancienne France un tableau fort peu ressemblant. En cette erreur on tombe d’autant plus aisément, que le recueil public des lois et actes officiels est à portée de toutes mains, tandis que la recherche des faits privés exige une étude plus minutieuse.

Pour les chirurgiens du passé, il faut distinguer le droit et le fait, Paris et la province, les chirurgiens lettrés et les barbiers-chirurgiens, les temps modernes et le moyen âge. Au temps de saint Louis, comme de nos jours, la « cyourghie » allait de pair avec la médecine. Elle était son égale encore au XIVe siècle, lorsque Guy de Chauliac ou Henry de Mondeville rédigeaient des traités longtemps classiques et parvenus jusqu’à nous. Elle avait pour domaine l’extérieur du corps humain dont le physicien soignait l’intérieur ; mais « il n’est pas bon chirurgien, écrit Henry de Mondeville, vers 1310, celui qui ne connaît ni l’art, ni la science de la médecine, ni surtout l’anatomie. »