Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/188

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Il se voyait roi d’une terre ronde « au milieu des torrens des eaux. » Il souleva les Merinas casaniers en d’innombrables guerres. « Il n’y a point de forêt que je n’aie traversée, point de colline où je n’aie combattu, point de montagne que je n’aie escaladée. » Le « taureau aux grands yeux, » comme il aimait à se désigner, entraîna vers les plaines fauves, par-delà les défilés des monts, jusqu’autour de lacs herbeux, les charges de ses « vieux taureaux » qui étaient ses chefs. Et ce fut l’épopée de la sagaie à large pointe, de la lance frémissante, du tromblon à crosse de fer, du lourd tambour en cuir de bœuf, dont le mugissement faisait fuir les races craintives devant les peuples du centre riches en bétail.

Ainsi que l’avait prédit l’augure, le moment vint où, du haut du Rova, il put s’orienter dans son royaume, se tourner vers les quatre points cardinaux sans sentir son amour impérial de l’espace refoulé par quelque frontière hostile. A l’Est, les Bezanozanos s’étaient soumis, lui envoyant en hasina (taxe de soumission) la chaîne d’argent massif. Au Nord, les Sihanakas superstitieux reçurent la loi qu’il leur fit porter par son sorcier. Au Sud-Est, par une lutte de messages imagés, par un combat d’énigmes, il assujettit le vieux roi rusé du Vakinankaratra. Au Sud, par la diplomatie, il acquit la suzeraineté des Betsileos, de ces « seigneurs riches en bœufs » qui vivent tranquillement au creux de leurs longues vallées douces, dans l’ignorance de leurs richesses. Quand il se tournait vers l’Est, vers le sillage tortueux de l’Ikopa argenté, il envisageait les Sakalaves, cette race abondante, batailleuse et fanatique, d’une cruauté légendaire, qui occupait avec force tout le littoral que l’activité arabe reliait à la côte d’Afrique par un commerce de boutres. Il avait invité leur reine à monter en Émyrne : elle était entrée dans Tananarive au milieu d’une innombrable escorte de Sakalaves qui, grands, musclés, n’avaient pas laissé de terrifier par leur visage sombre et arrogant les populations pâles de l’Émyrne. Mais le peuple d’Andriana le Désiré apprit que la reine de Boïna lui avait apporté en hommage des canons, des fusils, des barils de poudre, la richesse de la côte. Et les pays s’étaient liés. Aux rois qu’il avait vaincus, il avait demandé une fille qu’il avait jointe à ses épouses ; aux roitelets qu’il voulait s’attacher, il avait donné des nièces en mariage. Ainsi la terre, circulairement, lui appartenait. Et il put dire : « L’Imerina, la