Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/287

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Mais le courage civique est, dit-on, supérieur à l’autre ? Est-ce la conscience qui tend à se grandir dans la plus belle acception du mot ? Veut-on savoir ce qu’on vaut, devant soi d’abord et devant autrui ? Regarder en face le péril, mesurer sa capacité, sa résistance morale, son endurance ? Quelle énigme, quel ensemble d’impressions qu’on ne s’explique pas, puissantes, fugitives, mais déterminantes ! Est-ce une question d’élan ? Cependant nous voyons des hommes faits, ayant ces ardeurs, les ayant réelles, très chaudes, très efficaces.

JOURNAL DE MON PERE : Nous partons de San Pietro le 8 juin à 5 heures du matin. Arrivée à Milan à 9 heures. Réception frénétique de la part des habitans et surtout des habitantes. Sapristi, quelles belles têtes ! les beaux traits ! On pressent le feu de leur âme à l’éclat superbe de leur regard. Quelques-unes d’entre elles se font un passage dans les rangs, — les plus osées embrassent les officiers, — qui ne se dérobent pas. Nous avançons lentement, notre chemin est couvert de fleurs, mon cheval a une couronne de roses sur la tête, mon épée se trouve aussi enlacée ; que n’étaient-ce des feuilles de laurier !

Après avoir traversé la ville, nous devions faire une halte et ensuite camper au-delà de Milan. Il n’en fut pas ainsi. L’embarras causé par les troupes qui encombrent la ville nous oblige à nous arrêter une heure et demie dans une grande rue. Nous profitâmes de ce moment pour faire commander notre déjeuner dans un bon hôtel, où nous devions venir après avoir établi nos troupes au bivouac. Il en fut autrement.

En sortant de la ville, un officier d’état-major vint me dire : « Nous allons marcher à l’ennemi qui est à trois lieues d’ici. » Les hommes n’avaient rien pris encore et nous fûmes médiocrement satisfaits de cette nouvelle.

Nous partons en maugréant intérieurement. Après une marche de deux heures, on fit reposer les hommes et nous nous remîmes en route, sous le commandement du maréchal Baraguay d’Hilliers. Nous arrivâmes vers cinq heures au village de Melegnano occupé par environ 5 000 Autrichiens ayant derrière eux une réserve de 10 000 hommes.

Nous n’avions ni déjeuné, ni dîné. Il faisait un temps affreux, la pluie tombait à torrens, le tonnerre grondait. Cette scène avait quelque chose de lugubre.

L’attaque commença à cinq heures par nos tirailleurs, le