Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/296

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moi ? Car j’irai le chercher, mon fils, je le trouverai. Quelle est donc sa blessure ? dans quelle ambulance l’a-t-on conduit ?… Je ne reçois rien de lui ni sur lui. J’ai peur ; pardonne ce mot et comprends-le, c’est mon enfant.

Le 3 juillet, ma mère écrivait encore :

J’envoie lettres et dépêches à Milan, partout où il y a des hôpitaux, partout où il y a des blessés. Il faut que je sache où est mon fils. Je viens d’écrire au ministre de la Guerre. Je veux lui parler de Jean. Aussitôt que j’aurai sa réponse, je partirai pour Paris et de là pour l’Italie.

Non seulement ma mère ne put se rendre à Paris, mais son départ pour Brescia fut retardé. Tous les moyens de transport étaient réservés au service des armées ; l’intervention de l’Impératrice put seule lui ouvrir la route. La touchante prévoyance de Sa Majesté avait même préparé l’appui moral que ma mère devait trouver à chaque station.

Le 6 juillet à 11 heures du matin, ma mère me quitta, calme comme on l’est au lendemain des résolutions prises.


IV

6 juillet.

Le jour finissait. On m’apporta une lettre timbrée de Brescia, d’une écriture inconnue, signée d’un nom également inconnu. Dans une de ces émotions où les faits les plus contradictoires deviennent admissibles, je lus cette lettre qui me transporta de bonheur.

Jean vivait ! On l’avait vu.

Je télégraphiai à toutes les gares du Sud et de l’Italie où devait s’arrêter ma mère : Jean vit. Va être dirigé sur Brescia. Je préviens Robert, seul là-bas et tourmenté comme moi : Jean vit. Il n’y avait pour nous d’autres mots à entendre et à dire.

Deux jours après, je reçus la réponse de Robert :

Quelle bonne, adorable pensée tu as eue, ma sœur, de m’envoyer d’abord une dépêche, puis cette bienheureuse lettre !

C’est une résurrection. Mon bonheur est d’autant plus grand