Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/389

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dès longtemps dans le sol [1]… » Une illustration de cette hypothèse était donnée, en 1877, par Arsène Darmesteter ; il retrouvait dans le Floovant, chanson de geste du XIIe siècle, des traits de l’histoire de Dagobert, et croyait pouvoir conclure : « Il y a eu un cycle épique mérovingien. Les légendes mérovingiennes ont revêtu la forme de chants populaires. Le cycle carolingien s’est formé sur le type du cycle mérovingien. Le cycle mérovingien est venu se perdre dans le cycle carolingien à la manière d’un fleuve se perdant dans un lac que lui seul alimente [2]. » Ce furent quinze années fécondes, dans la carrière philologique de M. Godefroid Kurth, que celles durant lesquelles il fut à la recherche de ce fleuve pour en épier les sources et les bras, les méandres et les débouchés.

Philologue, il l’était ; mais cela n’eût point suffi. L’imagination seule sait lire les œuvres de l’imagination : s’il n’y avait en M. Kurth un poète, l’Histoire poétique des Mérovingiens n’aurait peut-être jamais vu le jour ; assurément, du moins, elle ne serait pas ce qu’elle est. Et ce que nous entendons ici par poète, ce n’est point, à proprement parler, le versificateur, encore qu’en son temps M. Kurth ait fait des vers. M. Kurth est poète parce qu’il voit grand et parce qu’il voit haut, et parce qu’à certaines heures, déposant la loupe du philologue, il ramasse sous ses regards, sans nulle tension, sans nul essoufflement, l’innombrable paysage de l’histoire ; M. Kurth est poète parce que, chez lui, à côté de l’esprit d’analyse, qui obéit aux textes, plane et triomphe l’esprit de synthèse, qui commande aux faits.


V

La cime du haut de laquelle il ordonne les faits, et les groupe, et semble presque les diriger, n’est autre que l’idée chrétienne : de tout temps, M. Kurth l’a considérée comme une sorte de point culminant, qui détermine et sépare les deux versans de l’histoire. « Nous ne pouvons apprécier équitablement Caton, disait-il déjà dans son premier essai, qu’en le replaçant dans son véritable milieu. Depuis le jour où, du haut du Calvaire, le

  1. Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 445 (Paris, 1865) ; et Cf. Esquisse historique, ép. 32 et suiv.
  2. Darmesteter, De Floovant vetustiore gallico poemate, p. 110 et 113 (Paris, 1877).