Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/433

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même indication devra figurer en lettres adhérentes sur les caisses et emballages servant aux expéditions. De plus, et en ce qui concerne spécialement les sardines d’origine, étrangère, les boîtes de conserves de ces sardines d’un poids supérieur à un kilogramme seront, en vertu de l’article 2, prohibées à l’entrée, exclues du transit, de l’entrepôt et de la circulation.

L’intervention du législateur s’est également exercée, tout récemment, en faveur des ouvrières occupées dans nos usines pendant la saison de pêche. L’Union des fabricans n’avait pas appelé sur ce point l’attention des pouvoirs publics : il avait pourtant quelque importance, sinon pour la solution de la crise, au moins pour la pacification des esprits. Les ouvrières, occupées, dans les usines, au séchage, à la cuisson et à la mise en boîte des sardines, les « friteuses, » comme on les appelle familièrement, sont au nombre d’environ 15 000. Rien qu’à Douarnenez, pour trente usines, on en compte plus de 1 100, fédérées en un syndicat qui obéit au mot d’ordre des gréviculteurs parisiens. Ce syndicat, en 1905, décréta une première fois la grève, parce que les fabricans ne voulaient pas remplacer le travail au mille, qui stimule l’initiative, par le travail à l’heure payé 0 fr. 25 et qui ne profite, remarque le Dr Laumonier, qu’aux paresseuses et aux maladroites. La grève fut courte : elle se termina par la victoire du syndicat. Ces choses-là se passent en Bretagne et il faut faire effort pour y croire. Des Bretonnes, ces syndicalistes, ces révolutionnaires ? Des Bretonnes, et nous en verrons bien d’autres. Cependant, le touriste qui se hasarde dans les petites rues tortueuses d’Audierne ou de Douarnenez s’arrête quelquefois, surpris par l’étrangeté d’un chœur de voix féminines qui éclate derrière les murs sombres d’une grande bâtisse aux airs de caserne. Le chant n’a rien de rauque ni de discordant : l’instinct mélodique du peuple breton supplée à son ignorance du solfège, et les sardinières particulièrement, qui sont d’excellentes chanteuses font valoir avec beaucoup d’art les vieux gwerz populaires et les refrains de café-concert dont s’accommode indifféremment leur éclectisme musical. Quoi qu’elles chantent, d’ailleurs, félicitons-nous : dans le métier de friteuses, on ne chante que quand on travaille. Le chômage seul est silencieux. Quelques-unes de ces filles parviennent sur la fin de leur carrière au grade de commises-surveillantes ; d’autres, installées dans de petites baraques, sur les quais, entre des piles de jetons, sont commises-