Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 37.djvu/449

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la popularité de cette belle et généreuse institution que les demandes affluent de toutes parts au sein du comité de l’Œuvre : chaque port de pêche voudrait avoir son Abri. Pourquoi faut-il que le fondateur de l’Œuvre ne soit ni un Carnegie ni un Vanderbilt ? Pourquoi cette œuvre elle-même, par la modestie de son fondateur, est-elle si peu connue ?

« Des sociétés de sauvetage, dit avec raison M. de Thézac, sont gratifiées chaque année de générosités qui dépassent plusieurs centaines de mille francs. Or les Abris ne sont-ils pas une vaste entreprise de sauvetage rayonnant qui préserve du naufrage matériel et du naufrage moral un nombre de marins impossible à chiffrer ? »

Ces marins, ces pêcheurs, seulement seront-ils là encore demain ? Le drame économique qui se joue à l’extrémité de la France approche du dénouement. Sans la politique, — et quelle politique ! — il se fût dénoué il y a longtemps de la plus naturelle et de la plus heureuse façon du monde. Le rôle de l’État, près de certains groupes sociaux non sortis encore de minorité, devrait être celui d’un tuteur, d’un père de famille : il a été ici celui d’un courtisan, d’un mendiant de popularité. Eclairé par les rapports de ses enquêteurs officiels, fort des expériences tentées, conscient du péril imminent, l’État devait prendre contre eux-mêmes la défense des pêcheurs, les sauver malgré eux, quitte à sauver avec eux les usiniers : il a préféré, — par prudence, — s’abstenir, remettre toute décision à une échéance indéterminée. Avant cette échéance, les usiniers seront ruinés ; mais l’État aura vu sombrer dans la catastrophe ces mêmes pêcheurs dont le bulletin de vote lui importait plus que la sécurité domestique et qui, pendant quatre années, vivant de charités et d’expédiens, se sont croisé les bras devant la mer, non parce qu’il n’y avait pas de sardines, mais parce qu’ils craignaient d’en prendre trop !


CHARLES LE GOFFIC.