Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/100

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n’y peux rien. Mes ordres sont formels. J’ai fait tout ce qui dépendait de moi. J’ai demandé qu’on mît l’inspecteur à Tanger et que Casablanca, comme les autres ports, fût confié à la police franco-espagnole. On m’a répondu très sèchement que c’était impossible. Je ne puis plus rien. »

En même temps, M. de Tattenbach changeait de ton. Le 11, à la séance du comité de rédaction, il revenait sur les concessions qu’il avait précédemment consenties sur la banque. Pour la police, il affirmait avec raideur que le projet autrichien n’était modifiable sur aucun point. Le 14, à une nouvelle séance de la commission de rédaction, il ne se contentait pas d’être intransigeant ; il était agressif et menaçant ; si bien que M. Regnault devait le ramener vivement à un ton plus courtois. Le parti pris de résistance et d’intimidation s’affirmait donc, avec les nuances différentes qu’y mettaient l’inégalité de l’âge et du tempérament, chez les deux délégués de l’Allemagne. Au même moment, la presse allemande nous en renvoyait l’écho : elle accusait des « influences occultes » de s’exercer à Paris pour empêcher le succès de la conférence.

Comment expliquer cette volte-face ? Non point certes par l’intérêt objectif que pouvait présenter la présence à Casablanca d’instructeurs suisses commandés par l’inspecteur. M. de Welsersheimb avait motivé cette présence en disant qu’à défaut de ce commandement, l’inspecteur serait inoccupé. Mais comment admettre que huit ports à inspecter, dans un pays où les communications sont difficiles toujours, impossibles souvent ; qu’une vérification portant sur la discipline, la bonne administration, le paiement régulier de la solde, la correction internationale des méthodes appliquées, dussent laisser à ce fonctionnaire tant de loisirs ? Comment songeait-on d’ailleurs à le placer loin de Tanger, centre de toute information et de toute action politique, pour l’astreindre à une absorbante besogne de commandement et d’organisation où il risquerait de réussir bien moins que ceux qu’il inspecterait ? Quis custodiet custodem ? Qui inspecterait l’inspecteur, si celui-ci commandait en même temps qu’il inspectait, — alors surtout que, de toute évidence, l’inspecteur suisse ou hollandais serait d’une moindre compétence que les officiers français et espagnols, déjà rompus aux affaires marocaines, qu’il aurait à surveiller ? Au surplus, rien dans les déclarations faites à la séance du 10 par M. de Radowitz n’indiquait