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C’était à elle d’apporter sa pierre à l’édifice de l’accord. M. Bourgeois concluait en disant qu’il voulait l’entente, mais une entente durable, — et durable parce qu’honorable. Et il tirait argument des articles énergiques publiés chaque jour par les journaux pour montrer à l’ambassadeur qu’il n’était en cela que l’interprète fidèle de l’opinion publique.

La visite du prince de Radolin fut la dernière tentative pour imposer à la France le projet autrichien dans sa forme primitive. Le jour même, samedi 17 mars, où cette tentative se produisait, le comte de Khevenhuller revenait au quai d’Orsay : très nettement, sous la forme d’une intervention officielle, il offrait à M. Bourgeois de chercher une autre solution. Il ne disait pas laquelle. Mais comme il enregistrait sans objection notre décision de ne plus rien accorder sur la police, il allait de soi qu’il croyait pouvoir triompher des résistances allemandes au sujet de Casablanca et nous demander, en dehors de l’inspection déjà acceptée, de simples concessions financières. Il était également certain, étant donnés les rapports de l’Allemagne et de l’Autriche, que le comte Goluchowski h’avait pas envoyé M. de Khevenhuller porter à M. Bourgeois une « offre » caractérisée, sans être sûr que son initiative ne serait pas désavouée à Berlin. Nous avions par conséquent l’assurance que la chancellerie allemande était disposée à transiger sur Casablanca. Elle consentait à l’amendement que M. de Radowitz avait paru admettre le 10 mars et qu’avait seule rendu « inacceptable, » pour un temps, la chute du cabinet français.

Presque aussitôt, d’ailleurs, la nouvelle de cette concession nous était de toutes parts confirmée. Elle nous venait d’abord du Maroc, de Tanger, où le docteur Rosen disait, le 18 mars, à un agent du maghzen : « L’accord est fait : nous laissons Casablanca à la police franco-espagnole. » Puis d’Algésiras où, le 18 au soir, M. de Radowitz déclarait : « Ne parlons plus de la proposition autrichienne. » Alors, paraissait un article significatif de la Gazette de l’Allemagne du Nord en date du lundi 19, disant que « pour l’intérêt spécifique allemand, il était fort indifférent qu’à Casablanca un couple d’instructeurs suisses ou hollandais plutôt qu’espagnols ou français dirigeât la police marocaine. » Le même jour, l’ambassadeur d’Autriche à Berlin et plusieurs de ses collègues informaient M. Bihourd que la concession annoncée par la note officieuse était acquise et qu’on