Page:Revue des Deux Mondes - 1907 - tome 38.djvu/41

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qu’il croie aux sorciers et à la sorcellerie. Il y croit, comme on y croit de son temps et autour de lui, quoique ce temps soit un temps, s’il en fut, d’émancipation de la pensée. Mais ce qui est plus surprenant, c’est sa manière d’y croire, laquelle n’a rien de vague et d’imaginatif, mais au contraire de précis, de tranchant, et on serait tenté de dire de « pseudo-scientifique. » C’est au nom d’une information plus étendue que celle du vulgaire, et comme résultat d’une méthode qui n’est pas à la portée de tout le monde, que Bodin croit que la sorcière chevauche dans la nuit sombre sur un manche à balai. Il a aussi par devers lui son « expérience » de magistrat et de juge, fort des enquêtes qu’il a conduites, et des condamnations qu’il a prononcées. Nous avons le respect de la « chose jugée, » ce qui est bien ; mais nous l’avons encore plus quand elle a été jugée par nous, ce qui est moins bien sans doute, — et précisément c’est le cas de Bodin. — Les jugemens des tribunaux, et ses propres jugemens à lui, ont pour lui toute l’autorité du fait. Et assurément la condamnation d’une sorcière est un « fait ! » Mais qui ne voit que le « fait » ne consiste ici que dans la condamnation ? Bodin seul ne le voit pas, et raisonne comme ne le voyant pas. La condamnation d’une sorcière par justice établit pour lui la réalité objective du « fait de sorcellerie. » Quelqu’un oserait-il prétendre qu’il n’y a pas de sorciers ? Il y en a, puisque les tribunaux, après enquête, contre-enquête, interrogatoire, confrontations, et autres moyens de procédure, l’ont ainsi décidé. Et de là, le ton d’assurance qui règne dans la Démonomanie. De là, je ne sais quelle espèce de raideur ou de morgue, si fréquente chez ceux qui ont su, comme Bodin, se persuader qu’en soutenant leurs propres opinions, ils défendirent l’ « institution sociale. » Mais de là aussi ce qu’on pourrait appeler l’ « odieux » du livre, et qui risquerait de nous rendre injustes pour l’auteur de la République, si nous y insistions davantage.

Revenons donc à la République, et, après avoir essayé d’indiquer le caractère général et la portée du livre, disons que ce ne serait pas un travail d’un mince intérêt que de relever dans ces six livres tout ce qu’ils contiennent d’enseignemens de toute sorte. Il y est en effet question un peu de tout, sauf de choses « simplement plaisantes, » et on y apprend beaucoup sur l’état de la France dans la seconde moitié du XVIe siècle. L’auteur a le goût du menu fait et de l’information précise, Juif d’origine, à