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REVUE. CHRONIQUE. 237

serons certainement pas surpris. Le plan qui a été adopté est purement défensif, au moins pour le moment : tous nos renforts ne sont pas encore réunis, et nous avons tout intérêt à attendre l’ennemi sur un terrain que nous connaissons bien, que nous avons fortifié, où nous avons en abondance des vivres et des munitions. Il est encore possible que l’orage se dissipe au lieu d’éclater. Nous le souhaitons, parce qu’il faut toujours souhaiter faire une économie de sang humain ; mais si les hordes barbares du Tafilalet ont besoin d’une leçon, tout porte à croire qu’elle leur sera donnée de manière à ce qu’elles en gardent un long souvenir.

C’est tout ce que nous pouvons dire aujourd’hui des affaires marocaines. Elles présentent encore un grand nombre de points obscurs, mais il serait excessif de parler de points vraiment noirs. La sérénité de l’Europe en présence des événemens nouveaux est faite pour rassurer. La note donnée par les journaux de tous les pays est calme et apaisée. Les journaux allemands eux-mêmes, au moins jusqu’ici et pris dans leur ensemble, ne troublent pas trop ce concert. Quelquesuns cependant cherchent à présenter le succès de Moulai Hafid comme un triomphe pour eux et une défaite pour nous : on a vu plus haut ce qu’il fallait en penser. La situation générale de l’Europe entre sans doute pour quelque chose dans la manière un peu froide dont les incidens marocains sont accueillis. La révolution marocaine est peu de chose, en somme, à côté de celle qui transforme en ce moment l’Empire ottoman: nous en parlons dans une autre partie de la Revue; il n’est pas impossible que la révolution turque pose un certain nombre de questions pour la solution desquelles nous aurons besoin les uns des autres. Beaucoup de choses changent dans le monde avec une rapidité déconcertante : il n’est pas moins utile aujourd’hui de garder sa poUtique libre que sa poudre sèche. Certaines puissances ont donné aux affaires marocaines une importance qu’elles n’avaient pas. D’autres problèmes surgissent qui ramènent tout à des proportions plus justes et qui, comme on dit, remettent les choses au point. L’Angleterre est un pays beaucoup mieux hiérarchisé que le nôtre, et où on respecte davantage les règles et les traditions : cependant, depuis quelques années, on y voit se produire certains phénomènes qu’on peut quaUfier de perturbateurs du vieil ordre de choses. Autrefois, par exemple, chaque ministre, lorsqu’il élevait la voix en public, avait soin de ne parler que des affaires de son département; l’idée ne serait pas venue au ministre de la Guerre de parler du