Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/499

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Les plénipotentiaires turcs avaient appréhendé ce coup terrible. Depuis quelques jours, ils négociaient pour le parer. On corrigeait encore le traité de San-Stefano : mais, cette fois, pour l’aggraver ! Ils frappaient à toutes les portes, surtout à celle des plénipotentiaires anglais : là, fut leur seconde et non moins pénible désillusion :


Les plénipotentiaires ottomans abordèrent lords Salisbury et Beaconsfield et les supplièrent d’user de leur influence pour faire remettre, au moins, le débat d’un ou deux jours, pendant lesquels on aurait le temps de s’entendre. Les plénipotentiaires anglais les écoutèrent avec une attention distraite ; pour toute réponse, lord Beaconsfield leur dit sèchement que les décisions du conseil des ministres ottomans étaient celles d’une réunion fort peu sage, pour ne rien dire de plus. Quant à lord Salisbury, il haussa les épaules et leur dit : « Moi, je ne ferai rien ; vous, vous pouvez tout faire parce que je sais que vous ne pourrez rien. La politique de votre gouvernement consiste à méconnaître ses intérêts les plus évidens. » Après quoi, il se retira…

A ceux qui lui demandaient pourquoi il avait assumé le rôle d’initiateur de l’occupation autrichienne, lord Salisbury répondait que, comme la proposition en devait être immanquablement formulée, il avait pensé qu’il serait avantageux qu’elle fût faite par l’Angleterre plutôt que par l’Allemagne [1]


Quand, en séance du Congrès, la proposition se fut produite, appuyée par les trois puissances directrices de la Haute Assemblée et soutenue par « l’éloquence » de lord Beaconsfield, la Turquie ne pouvait que s’incliner. Pourtant, il y avait une puissance que l’extension de l’Autriche-Hongrie vers l’Adriatique devait préoccuper, c’était l’Italie. Elle était représentée au Congrès par Un diplomate de la vieille école, avisé et expérimenté, à qui sa carrière déjà longue donnait une certaine confiance en lui-même, le comte Corti.

Les plénipotentiaires ottomans étaient allés lui conter leurs peines : ils n’en avaient rien tiré. Il a dit, plus tard, qu’il avait ou croyait avoir quelques assurances du côté de Bismarck. Quoi qu’il en soit, en séance, il esquissa un geste :


Le seul qui s’avisa, non d’appuyer les plénipotentiaires ottomans, mais simplement de faire entendre une voix qui ne fût point tout à fait à l’unisson avec celle du président, ce fut le comte Corti. Il demanda au comte Andrassy à quel point de vue son gouvernement se plaçait relativement à

  1. Souvenirs inédits de Carathéodory pacha.