Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/574

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lieu dans celle entre vous et moi. Je vous avoue que l’incertitude du sort de mes lettres ajoute beaucoup à ma paresse à écrire, et que, pour éviter désormais cet inconvénient où je l’ai particulièrement éprouvé, je voudrais que vous me permissiez de vous adresser les lettres que j’écrirai à la maman, que vous voulussiez bien les remettre vous-même et vous charger de la même manière de mes réponses.

Il y avait tant de rapport entre nos idées quand nous écrivîmes nos lettres, qu’on dirait que la vôtre répond à la mienne, surtout par les détails où vous entrez sur tout ce qui vous est cher. Je demandais même si vous persistiez à vous amuser de l’observation des plantes, et vous répondez encore à cela. J’en ai rassemblé quelques petits échantillons pour être envoyés à ma tante Julie, et je demandais si, par hasard, il se trouverait ici quelqu’un à qui je pusse remettre le petit paquet. Voilà sur quoi je n’ai point de réponse, et comme je ne sais pas dans quel temps s’exécutera le voyage de Suisse dont vous me parlez, je suis incertain si je ne dois point vous adresser le paquet à vous-même, afin que vous puissiez le recevoir en l’absence de votre sœur.

Je me réjouirais fort de ce voyage par l’amusement qu’il doit procurer à madame votre mère, si je n’étais contristé par ce qui le rend nécessaire. Je la croyais tout à fait rétablie de ses maux d’estomac, et le bon état où je l’ai vue à Lyon m’en faisait espérer la durée. Je crois au reste qu’elle prend un bon parti, et outre l’effet qu’elle attend des eaux, j’en attends un non moins bon du voyage. Je vous prie, chère cousine, de vouloir bien durant son absence me donner de ses nouvelles avec des vôtres et m’instruire du succès de ce voyage pour sa santé ; ou, pour mieux dire, ce n’est pas moi qui vous en prie, mais j’accepte avec empressement l’offre que vous m’en faites.

Je suis fort aise que ma belle grand’maman reste auprès de vous. Une sœur telle que vous est pour elle une véritable mère ; je ne doute point qu’elle ne trouve dans votre attachement pour elle autant de douceur que d’utilité, et que vous soulageant dans vos soins maternels, elle ne s’applique à rendre à vos enfans tous ceux que vous prenez d’elle. Je suis plus réjoui que surpris des progrès avantageux de votre fille, mais je suis édifié jusqu’à la surprise de la fermeté que vous avez enfin ajoutée à votre zèle, en faveur de votre