Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/595

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sera toujours tout ce qui vous appartient en quelque chose.

Un petit changement que, par raison de commodité plus que d’économie, j’ai été forcé de faire dans ma vie privée, me prive à présent de prolonger les visites qui me sont agréables jusqu’à l’heure du repas, c’est que n’ayant point de domestique, et ma femme commençant ainsi que moi à se ressentir de l’appesantissement de l’âge, nous nous abstenons désormais d’offrir à personne même la très mince fortune du pot, à moins que ce ne soit au cabaret. Ce n’est pas là une nouvelle fort importante à dire ; mais c’est pourtant une espèce de nécessité, lorsque cela produit quelque changement dont ceux qui s’en apercevraient pourraient, et bien à tort, s’appliquer la cause, faute de savoir qu’il est sans exception.

J’ai senti sans surprise, mais avec attendrissement, la grande délicatesse de cœur qui vous fait aller au-devant des interprétations téméraires et injustes qu’on pourrait donner aux fréquens changemens qui se sont faits depuis quelque temps dans votre maison. Ce soin était bien superflu avec moi, et tout ce que la lecture de cet article a produit entre ma femme et moi, a été de nous serrer la main l’un à l’autre en nous disant de concert : « Sans mentir, l’aimable Madelon a un heureux mari. »

Pour le coup, me voilà forcé de quitter. Suppléez, chère cousine, à tout ce qui me reste à dire au nom de ma femme et au mien, et recevez mes plus tendres embrassemens.

A Madame de Lessert, née Boy de la Tour, à Lyon.

A Paris, le 17 décembre 1774.

Je suis bien honteux, chère cousine, de vous remercier si tard de l’immense provision de marrons que vous m’avez envoyée ; la quantité n’a pas empêché qu’ils n’aient été gelés en chemin et a fait qu’ils se sont échauffés ensuite. Mais ils se raccommodent depuis que ma femme les a étendus à l’air, et nous les mangeons avec plaisir. Nous vous en remercions de tout notre cœur, mais il ne fallait pas me consulter sur cet envoi, puisque vous étiez déterminée à le faire sans attendre mon consentement.

J’espérais sur votre dernière lettre voir de jour en jour arriver votre cher mari. Il a bien fait de ne pas se mettre en route par les froids violens que nous venons d’essuyer ; mais à présent que le temps est doux et favorable aux voyages, j’espère