Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/607

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comité de conspiration : l’un des seigneurs et l’autre de poètes ou littérateurs.

Les conjurés se réunissent, tantôt au château de Sceaux, tantôt à l’Arsenal, à Paris, en conciliabules secrets, sous sa présidence. Elle s’y rend parfois au milieu de la nuit. Elle envoie Mlle de Launay tenir d’autres conférences en divers quartiers de Paris, et jusque sous les arches du Pont-Royal. Elle règle tous les détails avec une intelligence très vive, quoique brouillonne. Elle charge sa suivante de sonder un jésuite, confesseur de Philippe V, sur le choix d’un émissaire à expédier de Paris à Madrid. Ce P. Tournemire lui envoie le baron de Walef, « un bel esprit [1]qui se mêlait de faire des vers. » Il fut présenté à Mme du Maine, qui lui dit, pour entrée en matière : « Lisez-moi de vos poésies ! » puis le chargea d’engager le roi d’Espagne à soutenir le Duc et sa famille opprimée. Par l’entremise du cardinal Alberoni, Walef devait gagner l’oreille de Philippe V. Se trouvant sans le sou pour son voyage, il imagina d’envoyer à la Duchesse un cabaret de porcelaine qu’il la supplia d’acheter. Elle refusa l’envoi et fit tenir cent louis à Walef. Pour avoir l’air de s’acquitter de sa mission, l’émissaire fabriqua un mémoire fantaisiste à l’adresse d’Alberoni. C’est avec ce mince bagage qu’il partit pour l’Espagne, en traversant l’Italie. Sa correspondance secrète entre Madrid et Paris fut assurée « par des interlignes écrits avec une certaine poudre blanche [2]. » Toutes ses lettres étaient adressées à Mlle de Launay. Malgré ces préliminaires, les négociations échouèrent, bien entendu par la faute du négociateur. Mme du Maine recourut à d’autres affidés de toute sorte, plus ou moins sûrs, plus ou moins espions de l’abbé Dubois. Elle alla jusqu’à consulter des chiromanciennes, des tireuses de cartes. Il lui fallait à tout prix des réconforts moraux et des agens d’exécution. Avec l’or de l’Espagne, elle gagna deux folliculaires de bas étage, les abbés Camus et de Veyrac, dont la plume était déjà vendue à M. le Duc. Ils entrèrent en correspondance avec Mlle de Launay et, à prix d’argent, passèrent au parti de Mme du Maine. Elle se proposait d’en tirer une satire contre le gouvernement ; puis de faire livrer le pamphlet au Régent lui-même, comme une perfidie du duc de Bourbon. Elle tâchait de s’étourdir sur les dangers qu’allait lui faire courir

  1. Mémoires de Mme de Stael.
  2. Idem.