Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/658

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s’abattre sur elle, au XVIe siècle, une pareille invasion de Barbares. Tous les déserteurs des armées régulières, tous les fier-à-bras, les « chevaliers » sans ouvrage, tous les fils de famille en danger de Bastille et en puissance « d’amie, » tous les « officiers de fortune, » tous les « petits blancs » et tous les duellistes des Mascareignes, tous les enfans terribles « envoyés en consommation, » toutes les modistes et autres dames d’aventures, voilà pour les peaux blanches. Voici maintenant les créoles et les métis des îles, et la canaille de l’Afrique : esclaves de Cafrerie venus à fond de cale, et aussi des Nubiens, des Abyssins et des nègres ; et les hordes de l’Inde septentrionale et moyenne, sans distinction de sectes : Afghans, Pathans, Rohillas, Pindaris, Mahrattes, tous les pirates des archipels : Nicobariens, Andamans, Malais de la terre ferme ou des criques de Sumatra, Javanais, Balinais, que sais-je encore ?

Telle fut l’humanité de choix qui s’agita dans les camps, entre la multitude des serviteurs et des fournisseurs hindous et les troupes européennes racolées, pressées par les sergens de la Compagnie des Indes, conduites enchaînées jusqu’au port d’embarquement et plus dangereuses à leurs officiers que l’ennemi.

De ces mercenaires, la misère quotidienne se coupe de rares et indigestes ripailles aux jours de pillage. En tous autres temps, ce sont les séjours monotones dans les casernes ou les casemates, la vie abrutissante des garnisons sans activité, l’oisiveté et les vices qu’elle engendre. Ou bien les travaux écrasans de la guerre, les marches forcées sous un soleil de feu plus meurtrier que le canon des batailles, ou sous les pluies diluviennes qui alourdissent le guingan et la serge des uniformes et mettent les armes hors de service. La nourriture, toujours insuffisante ou mauvaise, fait souvent défaut. La maraude y supplée quand le pays n’est pas rongé par la guerre, mais les habitudes de violence ensauvagent le soldat et le rendent ingouvernable. Les postes sont mal gardés et les surprises sont de toutes les heures. La solde, irrégulièrement payée, fournit des prétextes de mutinerie ; et quand elle arrive par masses, elle est aussitôt gaspillée dans des orgies de pauvre. La maladie est au bout de cette débauche, puis l’hôpital où les pestiférés meurent à côté des fiévreux.

Ce n’est pas l’exemple des officiers qui remontera le moral de la troupe. Les plus grands vivent à la façon des nababs, leur train suffirait à ralentir l’allure de la meilleure armée. Les