Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/672

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accrochées en bourse au plafond. Notre guide tire le rideau qui couvre une fresque, trois chauves-souris s’échappent, tourbillonnent, battent les murs, éveillent les dormeuses qui se mettent en mouvement. La nuée des ailes dentelées nous enveloppe un instant. Leurs cris aigus se mêlent aux ricanemens des cacatoès malais et australiens offerts par les fidèles, aux beuglemens des vaches qui ruminent agenouillées à l’ombre des corridors, aux barrissemens des éléphans qui piétinent dans leur bouse, s’y agenouillent pour mendier.

Les fresques représentent les habituelles divinités pouraniques et aussi les offrandes que tout Hindou, digne de ce nom, se doit de leur prodiguer. Aux pieds des dieux s’alignent, convenablement figurés, les plateaux chargés de fruits, de riz, les panelles pleines de lait jusqu’au bord. Ainsi à chacun est rappelé son devoir. Rien des victuailles offertes n’est perdu. Il existe, en ville, des catégories de gens auxquels les lois religieuses ont conféré le droit d’en vivre.

Et toujours courant, ou bien roulant en charrette, nous continuons la visite des « curiosités » de Madura. Nous passons devant la seconde pagode de Vichnou. Celle-là s’étend dans une île verdoyante, au milieu d’un vaste étang dont l’enclos porte l’éternel badigeon blanc et rouge, cher à l’époux de la déesse Lakmi. Nous avons parcouru les hautes salles du palais de Tiroumal Nayaka, élevé au XVIIe siècle sous la direction d’Européens comme on sait. Mais tout cela est décrit dans les manuels, et il me restait juste une heure pour regagner la ville, la gare et prendre mon train. Les allures rapides, chères aux touristes, globe-trotters, coureurs de croisières, collectionneurs d’instantanés, automobilistes et autres agités ; ces allures chères à ceux qui veulent tout connaître de la terre, en un voyage de deux mois, au plus, ces allures précipitées ne m’ont jamais convenu. Aussi ne vous dirai-je rien de plus, aujourd’hui, sur la ville de Madura.


MAURICE MAINDRON.