Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/723

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respecte toutes les idées, tous les sentimens, toutes les croyances : chacun, chez elle, a le droit de les exprimer et de les manifester. On le savait, on le disait, on en était convaincu : cependant, lorsque la nouvelle a commencé à se répandre que le Congrès eucharistique se tiendrait cette année à Londres, et qu’il serait présidé par un légat du Pape, tout le monde s’est demandé ce qui allait se passer. Un légat du Pape en Angleterre ! Il y avait plusieurs siècles que pareille chose ne s’était vue, et il y a beaucoup moins de temps que les pierres elles-mêmes se seraient soulevées, sous le coup de l’indignation et de la colère générales, si une audace pareille s’était produite : on l’aurait regardée comme une provocation.

Aujourd’hui tout est changé, tout est apaisé, et le cardinal Vincenzo Vanutelli, légat du Pape, reçu par les catholiques avec enthousiasme, n’a trouvé de la part des protestans que déférence et courtoisie. Le Congrès eucharistique a mis en mouvement des milliers d’adhérens venus de tous les points du royaume : pas un moment l’ordre n’a été troublé. Les catholiques se sont livrés en toute liberté aux exercices de leur culte, et la seule question qui se soit posée a été de savoir s’ils pourraient, dans une procession qu’ils se proposaient de faire à travers les rues de Londres, porter le Saint-Sacrement avec eux. Sur ce point le gouvernement anglais a tâtonné et varié. Il n’avait vu d’abord aucun inconvénient à ce que le Saint-Sacrement fît partie de la procession ; puis, devant les protestations et les menaces de quelques sectaires, — il y en a partout, — des craintes lui sont venues à l’esprit, et il les a exprimées à l’archevêque de Westminster, Mgr Bourne, d’abord officieusement et confidentiellement, puis, devant l’insistance de l’évêque, officiellement. Mgr Bourne, en effet, s’appuyant sur la première autorisation qu’il avait reçue, ne voulait pas prendre sur lui la responsabilité de la déception qu’il allait causer : il a demandé au gouvernement de la prendre lui-même. M. Asquith lui a répondu par le télégramme suivant : « Puisque Votre Grâce se remet à notre jugement, j’ai à lui dire que le gouvernement de Sa Majesté est d’avis qu’il vaut mieux, dans l’intérêt de l’ordre et de la bonne entente, que le cérémonial proposé, dont la légalité est discutée, soit abandonné. Le gouvernement regrette l’embarras et le désappointement que la modification doit occasionner. » Il aurait certes mieux valu, puisque le gouvernement devait prendre finalement ce parti, qu’il le fit tout de suite ; presque tous les journaux ont été de cet avis, et M. Asquith n’a pas eu, comme on dit, une bonne presse. Mais nous qui avons affaire à d’autres lois, à d’autres mœurs