Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/892

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Filles-Fleurs, après avoir essayé vainement de tous ses sortilèges, elle finit par lui ouvrir son cœur dévasté.


KUNDRY. —… Oh ! si tu connaissais la malédiction qui me chasse à travers la veille et le sommeil, à travers la mort et la vie, la peine et le rire, qui me jette sans cesse à de nouvelles douleurs et me torture sans fin à travers l’existence. Je l’ai vu — Lui — Lui — et j’ai ri… Alors son regard m’atteignit. — Et maintenant je cherche de monde en monde à le retrouver… Au plus fort de la détresse, je crois sentir l’approche de son œil, — et ce regard se poser sur moi !…


Or Lui, c’est le Christ. La musique le dit avec une force poignante en ramenant le thème douloureux et tendre, qui signifie, dans toute l’œuvre, la souffrance de l’homme-dieu. Peut-on être plus transparent ? C’est à travers les dernières profondeurs de la sensibilité et de la conscience que Wagner revient ici à l’idée de lu réincarnation, qui, depuis deux mille ans, avait disparu de la religion et de la philosophie occidentale et qui reparaît aujourd’hui, de tous côtés, avec tant de force parmi nous. Oui, l’explication du caractère de Kundry est dans ses vies antérieures, dans son double Karma pour me servir de l’expression sanscrite, dans les flux et les reflux violens du mal et du bien qui luttent en elle.

Pourquoi Parsifal trouve-t-il la force de résister à la tentatrice, quoique le charme de la volupté et de la femme l’ait fait tressaillir ? Est-ce par une règle de morale abstraite ? Est-ce pour obéir à un dogme ? Non, c’est parce qu’en recevant le baiser de Kundry, il a eu, avec la révélation de la volupté, la révélation de la douleur d’Amfortas qu’un tel baiser a rendu infidèle à sa mission et livré sans défense au coup de Klingsor qui le blesse avec sa propre lance. Parsifal maintenant sent brûler dans son propre cœur la blessure du roi malade et n’aura ni cesse ni repos avant de l’avoir guéri. Il a surmonté la tentation parce que la sympathie pour la souffrance humaine a été plus forte que le désir de la chair. Par cette domination sur soi, par cette force conquise, « le simple et le pur » aura le pouvoir de sauver en même temps Arafortas, le roi déchu et Kundry, la femme passionnée, qui assouvira enfin son éternel désir dans un amour infini, lorsqu’elle rendra l’âme aux pieds de son vainqueur couronné, dans le temple du Graal.

Dans le dernier acte de Parsifal, celui de la révélation proprement dite, je ne relèverai que les deux scènes les plus