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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




Rarement, dans l’histoire, deux semaines ont été remplies de plus d’événemens que les deux dernières qui viennent de s’écouler. La situation de l’Orient est toute changée. On voit voler à travers les Balkans, et déjà même à travers l’Europe, les morceaux déchirés du traité de Berlin, et on se demande avec inquiétude si le nouvel ordre de choses qui s’élabore s’établira sans douleurs, sans violences, sans guerre, question pleine d’angoisse à laquelle nous n’aurons pas la témérité de faire dès aujourd’hui une réponse. Qu’il nous soit d’ailleurs permis de ne pas montrer trop de surprise de ce qui arrive. Dans notre dernière chronique, après avoir constaté que la révolution opérée par les Jeunes-Turcs avait rencontré une sympathie unanime, nous nous demandions si l’approbation qu’on lui témoignait était tout à fait sincère. « Elle a dérangé bien des projets, disions-nous, compromis bien des ambitions, inquiété bien des espérances, et il est difficile de croire que, comme dans une nuit du 4 août d’un nouveau genre, chacun ait fait généreusement sur l’autel de la patrie ottomane le sacrifice définitif de ce qu’il a considéré jusqu’ici comme son intérêt, ou même comme son droit. » Depuis que ces lignes ont été écrites, quinze jours à peine se sont écoulés, et déjà l’infortunée Turquie ressemble à la bête forcée dont chaque chien s’efforce d’arracher un morceau. Les instincts carnassiers que les habitudes de la civilisation endorment quelquefois chez l’homme, mais qui n’y meurent jamais, se sont réveillés brutalement, et nous assistons à une véritable curée. Que peut y l’aire le traité de Berlin ? Un traité n’est qu’un morceau de papier, c’est-à-dire la plus fragile des barrières, s’il n’y a pas derrière lui des forces susceptibles d’en assurer le respect. Or, toutes les forces se sont modifiées dans les Balkans depuis trente ans. On a rappelé dans la