Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/148

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


volume intitulé A Defence of Philosophic Doubt. Ceux qui n’ont lu que le titre (c’est le cas de bien des gens, et il n’y a point de crime à cela, pourvu qu’on ne s’avise pas de juger le contenu du volume), ceux qui n’ont lu que le titre prennent M. Balfour pour un ennemi de la religion. Ceux qui ont lu le livre, ne sont pas bien sûrs de ce qu’il pense, mais inclinent à croire que, s’il ne prêche pas le christianisme, il le suggère. Cela suffit à l’Église anglicane qui est modeste sur la question des dogmes, afin d’être plus exigeante sur la question des recettes budgétaires. Philosophic Doubt marque, ce me semble, l’issue de la crise intérieure. Comment en est-il sorti ? Il a appliqué ses facultés dialectiques et analytiques à la critique des systèmes de philosophie qu’il a trouvés répandus dans l’atmosphère ambiante, au positivisme, au déterminisme, au matérialisme pur et, non seulement, il a découvert des trous dans leur tissu, non seulement il s’est convaincu que ces systèmes se détruisent entre eux ou se ruinent eux-mêmes par leurs contradictions intestines, mais qu’ils reposent tous sur des postulats qui exigent de nous un acte de foi. Pourquoi donc renoncerions-nous, en faveur de ces doctrines, à une religion qui s’harmonise avec nos institutions sociales, fournit une base à notre morale, à notre esthétique, un aliment à nos légitimes espérances de bonheur final ? Tout ce que la science apporte de positif aux doctrines du naturalisme peut être recueilli et encadré dans l’idée chrétienne. Telle est l’essence des opinions de M. Balfour qui s’esquissent déjà dans le Philosophic Doubt, et qui atteindront leur développement, prendront leur forme définitive dans les Foundations of Belief''.

Il est donc en possession d’une conception centrale, d’un principe directeur, d’une règle de vie et de pensée. Mais au Parlement, il continue à montrer peu d’appétit pour la politique. A cette époque, le Punch mettait volontiers en scène the languid young aristocrat, un jeune homme aux traits fins, aux ongles scrupuleusement limés, au pantalon impeccable, mais dont l’attitude est molle, le regard vague et comme endormi, l’articulation indistincte, comme si sa paresse reculait devant certaines syllabes trop rudes à prononcer. L’interjection « oh ! » qui a tant d’énergie sur certaines lèvres, devient chez lui un gloussement rauque qui ne dépasse pas son faux-col. M. Balfour réalisait assez bien ce type pour les observateurs superficiels et malveillans. Ce n’était là, — ai-je besoin de le dire ? — qu’une apparence. Ceux qui le