Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/178

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comme dans une symphonie, et dans la plus douloureuse, que semble entrer de biais, sans préparation, le premier mot ou le premier cri de la voix. A la fin de la même scène, cette voix n’est pas loin de s’effacer devant l’orchestre, devant un instrument de l’orchestre, le hautbois, qui paraît tracer ici, moins avec des sons qu’avec de la lumière, la ligne principale de la rayonnante coda. Plus loin encore, qu’est-ce que le duo de Léonore et du geôlier creusant la tombe du captif ? Presque une symphonie, où les deux voix se bornent à compléter l’harmonie, où l’orchestre expose et développe les thèmes, où c’est l’orchestre qui travaille, qui peine et qui gémit. Symphonie encore, et la plus dramatique, le quatuor du pistolet. Enfin et surtout, symphonie, symphonie avec chœurs, le suprême et sublime finale, ode à la joie conjugale, annonçant l’ode future à toute joie. Même plan déjà ; déjà, dans de moindres proportions, même principe : un thème varié, que les variations accroissent, transforment à l’infini ; l’esquisse en un mot de ce finale de « la neuvième, » où Wagner trouvera plus tard un point d’appui pour soulever le monde, pour établir dans le drame musical un ordre, un équilibre nouveau.

Cet équilibre, ou cet ordre, Weber, après Beethoven, le pressent et le prépare. Chef-d’œuvre d’originalité mélodique, le Freischütz en est un encore, et non moindre, d’orchestration et de symphonie. Quel admirateur du Freischütz décidera ce qu’il en admire davantage, et si la voix humaine ou celle des instrumens y a plus d’éloquence et de vérité, de naturel et de poésie. Le drame entier ne surpasse peut-être pas la seule ouverture. Il semble s’y concentrer d’avance en quelques épisodes, comme le quatuor mystérieux des cors ou le vocero pathétique de la clarinette éperdue. Inspirés, si ce n’est imités de l’air de Pizarre et de celui de Léonore, l’air de Kaspar et celui d’Agathe se partagent de même entre l’orchestre et la voix. Dès le début de l’air d’Agathe, avant que le premier soupir entr’ouvre les lèvres de l’inquiète fiancée, l’orchestre a déjà dessiné sa silhouette pensive. Et quand redoublent ses alarmes, l’orchestre encore, qui tinte ou qui se traîne, qui compte ou prolonge les sons, imite le cri régulier de l’oiseau nocturne, évoque les fantômes rampans de la Gorge aux Loups.

La Gorge aux Loups, voilà certainement l’un des premiers et des plus authentiques chefs-d’œuvre de Topera symphonique. Et