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Une forme nouvelle des luttes internationales – Le boycottage


Les nations, plus encore que les individus, sont dures aux faibles, dures aux vaincus ; si évident que soit le bon droit d’un petit État, s’il lui manque les moyens de le faire valoir, il est l’agneau de la fable : le droit, contre la force, ne vaut. La justice, dans les rapports internationaux, est difficile à définir ; il est encore plus malaisé d’instituer un tribunal pour en décider ; enfin, il serait à peu près impossible d’assurer l’exécution des sentences du tribunal. Mais l’histoire nous montre la variabilité, selon les temps et les pays, des élémens qui, pour les peuples, constituent la force : les armes ne suffisent pas à tout. La Hollande tint tête à Louis XIV, et l’on voit la Pologne conquise résister aussi bien à la germanisation qu’à la russification. Une puissance formidable réside dans la masse anonyme d’un peuple : toutefois, en général, cette puissance ne se connaît pas elle-même, elle ne devient consciente qu’en s’organisant. Les derniers événemens d’Orient nous offrent un très curieux et très significatif exemple des moyens par lesquels un peuple, qui s’estime lésé, peut obtenir justice sans recourir au canon et trouve, ailleurs que dans la guerre, le moyen de faire valoir ce qu’il croit être son droit. Le boycottage des marchandises