Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/229

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constitue une Commission qui fait restituer le sucre saisi et rembourser les sacs perdus.

Ces incidens tumultueux ont été des exceptions même dans les villes où ils se sont produits ; les boycottages heureux n’ont pas d’histoire, et le récit de ces cas particuliers ne doit pas nous tromper sur la vraie physionomie du mouvement. Nulle part il n’y a eu de violences contre les personnes ; le boycottage a été organisé comme s’il avait été une institution normale, légale, et il a fonctionné avec une discipline, une modération et en même temps une rigueur extraordinaires : c’est pourquoi il a été très efficace.

Pour le baron d’Æhrenthal, comme pour le commerce austro-hongrois, le boycottage a été une surprise ; la diplomatie n’est pas habituée à cette escrime nouvelle qui met en face d’elle, au lieu d’un adversaire responsable, la foule anonyme des consommateurs en grève. Les négocians ne crurent pas, d’abord, à la durée du mouvement et les chambres de commerce, dans un élan patriotique, décidèrent de s’en rapporter au gouvernement du soin de protéger leurs intérêts. Mais, bientôt, les effets du boycottage commencèrent à se faire sentir ; à la fin d’octobre, l’Association austro-hongroise d’exportation reçut un rapport inquiétant, et bientôt, de Trieste, de Fiume, de Budapest, des villes industrielles de Bohême, des plaintes s’élevèrent. Le commerce austro-hongrois, dont le principal débouché est dans les ports du Levant, était comme frappé de paralysie. Trieste surtout souffrait ; les bateaux du Lloyd revenaient au port sans avoir pu débarquer un ballot et, au retour, les exportateurs refusaient de reprendre leurs chargemens. Déjà, au 10 décembre, 26 vapeurs chargés de marchandises autrichiennes étaient revenus sans avoir opéré leur déchargement ; toute l’exportation de l’Empire ottoman, très active à l’automne, échappait aux bateaux autrichiens et hongrois ; le trafic du Lloyd se chiffrait par 450 000 couronnes de moins, pour le mois d’octobre 1908, que pour le mois correspondant de 1907. La Compagnie des chemins de fer du Sud accusait, pour novembre, une diminution de recettes de 1 232 513 couronnes ; on prévoyait, sur la place de Trieste, des désastres financiers et commerciaux. Une réunion de négocians, tenue à Vienne, rendant le gouvernement responsable de ce « cas de force majeure, » lui demandait d’indemniser les pertes du commerce et de l’industrie. On était loin