Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/505

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L’effet en fut aussi déplorable que l’avait été la demande de garanties. L’étranger surtout, ignorant l’état de nos partis, au lieu d’y voir la manifestation d’une des deux politiques en lutte autour de l’Empereur, y vit la révélation cynique ou imprudente de ce qu’il supposait être la politique du gouvernement français. Le Times dit : « Ceux qui s’attendaient à beaucoup de choses de la part du monde officiel français s’étonneront de l’audacieux aveu contenu dans le discours de M. Rouher. On soupçonnait bien quelque chose de semblable, mais on ne croyait pas qu’on pût en France l’avouer avec tant d’imprudence (18 juillet). » Les journaux allemands reproduisirent ces appréciations pour exciter les esprits, et, depuis, ce discours de Rouher a été l’argument invoqué par les ennemis de l’Empire comme démonstration de leur thèse que « Napoléon III préméditait depuis longtemps la guerre, et que l’affaire Hohenzollern n’était qu’un prétexte. » Une telle incartade de la part d’un homme aussi calculé que Rouher ne s’explique que par le dessein de nous enlever le mérite d’une victoire à ses yeux certaine et de poser sa candidature à notre succession. Nous fûmes très irrités d’un langage dont les conséquences et les périls nous furent aussitôt sensibles. Nous pensâmes un moment à le contredire officiellement. Mais nous ne trouvâmes pas un moyen de le faire qui ne fût pas une censure indirecte de l’insuffisance de la réponse de l’Empereur, et nous fûmes contraints de subir en silence ce commentaire inexact, compromettant, téméraire de notre conduite.

Les discours terminés, les souverains circulèrent parmi les sénateurs. Leur différence d’attitude fut très remarquée. L’Impératrice était expansive, animée d’une confiance triomphante ; elle disait : « Nous commençons avec toutes les chances qu’on peut mettre de son côté dans une entreprise humaine : cela ira bien. » L’Empereur était mélancolique. Il disait : « Ce sera long et difficile, il faudra un violent effort. »


VIII

Dans sa déclaration du 16 au Bundesrath et dans sa circulaire du 18, Bismarck rejeta sur la France la responsabilité d’avoir voulu, recherché et provoqué la guerre. Sur l’origine de l’affaire il reproduisit le langage qu’il avait placé dans la bouche de Thile et du Roi. Il s’efforça surtout d’altérer le caractère vrai du