Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/508

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


TANT DE FAMILLES, TANT DE PÈRES, TANT DE MÈRES, TANT DE FRÈRES, TANT DE SŒURS, TANT DE VEUVES NE SERAIENT PAS DANS LA DÉSOLATION. »

Autant dans ses discours, Bismarck a aimé à s’étendre sur la guerre de 1866, autant il a glissé sur celle de 1870. Sauf le jour où, dans le feu du Kulturkampf, il a divagué sur l’action des influences ultramontaines, il n’est guère allé au-delà de quelques affirmations rapides. Enfin la vérité fut un jour dite officiellement par lui-même. Après le court règne de Frédéric III, une Revue allemande, la Deutsche Rundschau, publia des extraits du journal de cet empereur alors qu’il était prince royal. Ces extraits ne font pas beaucoup d’honneur à celui qui les a écrits : ils sont plats, sans élévation de pensée, pleins d’inexactitudes, de jugemens partiaux, de prétentieuse sentimentalité ; ils dénotent une crédulité à accueillir les commérages les plus faux, inquiétante en un homme placé à une telle hauteur. Une note à la date du 13 disait « que Bismarck lui avait confié qu’il considérait la paix pour assurée et qu’il voulait retourner à Varzin. » Une assertion d’une aussi manifeste fausseté n’aurait guère troublé Bismarck, s’il n’avait été dénoncé dans d’autres extraits comme ayant été peu soucieux de constituer l’Unité allemande. Or, comme, sans la guerre de 1870, cette unité serait restée à l’état de rêve utopique et que, par elle seulement, elle est devenue une réalité, Bismarck mit hors d’atteinte sa gloire de fondateur de l’Allemagne nouvelle, en revendiquant l’initiative de la guerre de 1870. Il a donc déclaré, dans le rapport par lequel il demande à l’Empereur des poursuites contre les auteurs de la publication (23 septembre 1888), que les documens établissent « que S. A. royale savait déjà, le 13, QUE JE CONSIDERAIS LA GUERRE COMME NECESSAIRE, et que je ne serais retourné à Varzin qu’en donnant ma démission, si CETTE GUERRE AVAIT ETE EVITEE. »

Le coup le plus sensible qu’il porta à sa légende de mensonge fut de restituer à la dépêche d’Ems le caractère officiel et volontairement provocateur qu’il lui avait d’abord contesté et de nous donner raison sur le grief unique par lequel nous motivions la guerre. Dans ses Pensées et Souvenirs, il décrit la scène de la fabrication de la dépêche d’Ems et en fait un tableau égal aux plus terrifiantes réalités de Macbeth, d’un grandiose dramatique sous la simplicité des paroles, qui se fixera à jamais dans la mémoire de la postérité. Vanité ! a-t-on dit de ces graves