Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/674

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lait par jour ; si elle est bonne laitière, deux. Dans la haute montagne, les vaches ne fournissent guère plus de 2 à 3 litres, et dans les parties plus basses, c’est-à-dire meilleures, de 5 à 6 litres. Quand un troupeau n’est pas gardé par son propriétaire, le berger reçoit par an de 15 à 20 brebis avec leurs petits, des vêtemens, le pain, la viande et de 200 à 250 francs en argent. On évalue la nourriture du berger et des brebis devenues son bien à 200 francs. Si un troupeau est trop faible pour nécessiter un berger, plusieurs propriétaires se réunissent et le paient à frais communs. L’année passée, une brebis valait de 15 à 20 francs ; la toison coupée en mai représente environ 2 kilos de laine ou 2 francs. Le salaire annuel d’un ouvrier agricole est d’à peu près 500 francs, les vêtemens et la nourriture.

Les pâturages ne sont ni entretenus, ni amendés ; les troupeaux broutent les buissons ou l’herbe que la nature veut bien faire pousser. De sorte qu’il faut des espaces considérables pour qu’ils puissent vivre, et, pendant l’hiver, ils doivent manger jour et nuit afin de ne pas mourir de faim.

Les procédés d’agriculture ne sont pas moins archaïques. La terre, grattée à sa surface par des charrues identiques à celles de l’Afrique du Nord, n’est que rarement fumée, sauf à proximité des lieux habités. L’énorme étendue des villages s’oppose à toute amélioration. En effet, pour aller d’une extrémité à l’autre de la commune de Fonni, par exemple, il faut franchir plus de trente kilomètres ; et je ne cite pas un cas particulier, mais une chose fréquente. Comment, dans ces conditions, serait-il possible à un paysan de transporter du fumier et de donner à la terre tous les soins qu’elle réclame, s’il lui faut de longues heures pour parvenir à son champ, et autant pour en revenir.

Le premier remède que réclame l’agriculture afin d’être à la hauteur des progrès modernes serait que chacun vécût à proximité de son bien. Mais, pour arriver à ce résultat, il faudrait que les agglomérations se dispersent, se subdivisent, et nous savons toutes les difficultés, la presque impossibilité que présente une modification quelconque dans le mode d’habitation, à cause des usages, des habitudes, des besoins, et de la valeur de la maison qu’il faudrait abandonner pour en construire une autre.

La densité de la population rurale est extrêmement faible : il y a huit ans, sur une superficie de 24 000 kilomètres carrés, la Sardaigne ne comptait que 792 000 âmes. Si de ce chiffre nous