Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/690

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


mariage me fût agréable ou non, car je n’aurais pas voulu avoir sur la conscience leur malheur et ils se marièrent sur-le-champ… Peggy en a eu beaucoup de chagrin, mais j’ai essayé de la consoler dans l’espoir qu’elle aura assez d’amour-propre et de bonté pour ne rien faire sans me demander auparavant mon conseil et mon approbation… »

Mais ce ne sont là que masques à dentelles, petites cachotteries domestiques, qui ne tirent pas à conséquence autre que de pourvoir subitement un père distrait de gendres imprévus. Ce sont là des objets trop banals du roman anglais pour qu’on s’y arrête. Le comique en devient un peu supérieur et la dissimulation presque épique, lorsque ce sont les premiers personnages de l’Etat qui s’appliquent de tels masques sur la figure et que le Roi, comme il arriva pour George III, apprend, coup sur coup, que ses frères se sont mariés et qu’il va être entouré de princes, voire d’héritiers éventuels, dont il n’avait pas le moindre soupçon. C’est sur de tels secrets que se refermèrent les lèvres de ces deux grandes dames que vous voyez peintes ici : la duchesse de Gloucester, née Maria Walpole, et veuve du comte de Waldegrave, et la duchesse de Cumberland, née Luttrell, et veuve d’un marchand de la Cité, Mr Horton, toutes deux, enfans de naissance ou médiocre ou illégitime, toutes deux femmes d’une rouerie supérieure, toutes deux de rare beauté et d’ambition plus rare encore, parvenant, toutes deux, à donner, comme successeurs à des maris providentiellement disparus, les frères du Roi.

Comment y parvint Mrs Horton, née Luttrell, ce sont ses yeux qui vont nous le dire. Regardez son portrait par Gainsborough (n° 8), qui la peignit bien une douzaine de fois, et lisez sa description par Walpole : « C’est une jeune veuve de vingt-quatre ans, extrêmement jolie, pas belle, très bien faite, avec les yeux les plus amoureux qui soient au monde et des cils d’un yard de long, coquette au-delà de ce qu’on peut dire, rusée comme Cléopâtre et complètement maîtresse de toutes ses passions et de ses visées. D’ailleurs, des cils plus courts de trois quarts de yard eussent encore suffi à conquérir la tête qu’elle a mise à l’envers… » Quand George III apprit qu’un de ses frères s’était ainsi mésallié, il entra dans une belle colère et lit voter par le Parlement un bill défendant à tout membre de la famille royale de se marier sans son consentement, ce qui n’eut d’autre