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Le soir de ce 27 prairial, Coin-Clément et Anselme Truck étaient appréhendés. Vils et lâches tous deux, ils prirent peur, avouèrent, trahirent ; huit jours plus tard, la bande presque entière emplissait cachots et cabanons… « Patience ! toujours, patience ! » la société secrète n’existait plus.


VIII. — LE TROISIÈME BRUTUS

Un superbe coup de filet ! Et cependant, Bonaparte n’était pas satisfait encore.

Deux « Brutus. » servaient, à présent, la police, bien payés, ardens zélateurs : Donnadieu et Péretti ; mais un troisième Romain se cachait quelque part, et elle voulait s’en emparer. Elle cherchait donc, comme elle cherche toute chose, — au hasard et à l’aveuglette. Où se terrait ce meurt-de-faim lyonnais qui, dans une heure de désespoir, s’était précipité dans la Seine et que Nicolas avait ramené sur la berge ? Nous avons conté cette histoire, décrit le personnage, exposé le pacte de mort par lui conclu avec son sauveteur ; nous avons dit encore comment l’inventif Nicolas s’était vu cruellement dupé [1]. Parjure à son serment, le premier des Brutus avait pris la fuite, emportant secrets et argent ; les chefs de la Patience qui l’auraient voulu poignarder n’avaient pu le découvrira Lyon : au pays de Guignol, bourgeois ni canuts ne connaissaient ce mystificateur !… Dossonville, toutefois, prétendait se montrer plus habile.

Donnadieu consulté désigna un général Argoud… Etait-ce l’indélicat Brutus ? Oui, peut-être ; non, plutôt ! En tout cas, le dossier de cet homme relatait de pendables méfaits : escroqueries, rapines de guerre, inconduite, trigamie, jacobinisme ; Berthier l’avait mis en réforme : « Va donc pour cet Argoud !… » Dossonville employa deux mois à le découvrir.

Après un long vagabondage, Argoud habitait, maintenant, Saint-Florentin dans l’Yonne, et y vivait, mari d’une quatrième épouse. Il avait semé, le gaillard ! ses trois autres moitiés au long des garnisons, les avait oubliées en Alsace, dans la Bresse, en Bourgogne, mais possédait enfin la femme selon son cœur. Brutus, d’ailleurs, ne criait plus famine ; il possédait un petit pécule, — était-ce l’argent de Nicolas ? — et tenait près des Halles

  1. Voyez la Revue du 1er mai 1908.