Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/835

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Cette thèse fut, d’autre part, un manifeste. Elle fut un factum vigoureux, quoique respectueux, pour la critique esthétique et contre la critique prétendument scientifique. M. Angellier y démontrait magistralement, d’abord que les prétendues causes d’un orateur, race, milieu, moment, étaient trop formidablement multiples et complexes pour qu’on pût se flatter d’en saisir trois sur trois mille ; ensuite que le meilleur moyen de ne pas faire connaître un auteur, c’est de le replonger dans les causes d’où on le prétend sorti et, ce qui est inévitable, de l’y noyer, alors qu’il n’est lui-même que précisément par ce qui l’en distingue et parce qu’il s’en distingue.

Ces choses ont été bien des fois répétées depuis ; on peut dire même qu’elles avaient été répétées avant ; mais enfin elles n’ont jamais été dites ni plus fortement ni plus complètement que par M. Angellier. Vous les trouverez dans les Pages choisies de l’édition d’Oxford, si vous êtes effrayés par les proportions de l’étude sur Burns elle-même.

A partir de cette étude, M. Angellier n’a plus rien publié en prose. M. Legouis, dans sa fine introduction aux Pages choisies, dit spirituellement : « Pour comble d’originalité, Angellier est un prosateur mort jeune à qui le poète survit. » Il publia, en 1896, A l’Amie perdue, avec cette épigraphe tout à fait dans le goût du XVIe siècle : Amicæ amissæ. En 1903, il publia le Chemin des Saisons ; en 1905 : Dans la lumière antique, les dialogues d’amour ; et, en 1906 : Dans la lumière antique, les dialogues civiques ; et, en 1909 : Dans la lumière antique, les épisodes. Il continue et il continuera, n’en doutez point, jusqu’à ce que vienne

Le couvercle obscur et noir du cercueil.

A l’Amie perdue est une manière de roman en vers, comme le Bonheur manqué de M. de Porto-Riche. Le poète a distingué une jeune femme pensive et triste. Longtemps, sans se parler, sans saborder, sans se connaître, au sens bourgeois du mot, ils se sont aimés dans l’échange des regards lointains. Elle est mariée, elle a des enfans ; les difficultés sont grandes de se rapprocher. On finit pourtant par converser, par se promener ensemble, tantôt aux bords de la mer, tantôt dans les champs pacifiques. Joies empoisonnées par l’idée de l’impossibilité qu’elles soient durables. Une querelle même. Il a été calomnié auprès de son amie. Longue retraite de celle-ci. Inimica recessit. Entrevue