Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/842

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Leur seule rosée est la fine pluie ;
Parfois un rayon, presque froid, essuie
Leur visage en pleurs.

Leur blancheur de cire a des teintes mauves ;
Les rideaux fanés des vieilles alcôves
Ont leur incarnat ;
Leur plus tendre rose est teint d’améthyste,
Et même leur or le plus clair est triste,
Et n’a point d’éclat.

Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !
Quel chagrin pensif, en leurs roseurs blêmes,
De leurs froids destins !
Quel délicat rêve en leur blancheur chaste !
Quels nobles et fiers ennuis dans le faste
De leurs ors éteints !

Elles ont grandi……..

Il est singulier que M. Angellier fasse chrysanthème du féminin. Après tout, cela ne me fait rien ; et puis, c’est peut-être symbolique…

Elles ont grandi sans pouvoir connaître
L’ivresse d’un or qui flotte et pénètre
Leurs sœurs de l’été,
Quand vibre partout le vol des insectes ;
Douloureuses fleurs calmes et correctes
Dans l’air déserté.

Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes.
Allons en cueillir puisque tu les aimes
A l’égal des lis,
Des amaryllis de larmes trempées,
Et des sombres cœurs entourés d’épées
De tes chers iris.

Nous rapporterons en tremblantes gerbes
Leurs troublantes fleurs, humbles ou superbes :
Nous en remplirons
Le verdâtre et vieux vase de la Chine
Où s’enfuit sans cesse et se dissémine
Un vol de hérons.

Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes.
Nous devinerons les profonds problèmes
D’obscure douleur,
Qui vivent au fond de ces douces âmes,
Dont l’effort d’aimer éclate en des flammes
Qui sont sans chaleur.