Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/847

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l’occupation de la Bosnie-Herzégovine, avait prévu les obstacles qu’il allait rencontrer et soupçonné toutes les conséquences de son initiative, ou si, au contraire, il ne crut pas se trouver en présence d’une opération très simple, d’un changement plus nominal que réel, qui n’offusquerait personne et ne modifierait en rien l’équilibre européen. L’émotion soulevée dans le monde slave, l’irritation violente de l’opinion russe, l’opposition de M. Isvolski, la résistance audacieuse de la Serbie et du Monténégro, le nationalisme intransigeant des Jeunes-Turcs et la campagne du boycottage, ont surpris le gouvernement austro-hongrois qui comptait, pour réaliser sans obstacle ses desseins, sur les embarras du nouveau régime turc et, en Russie, sur la sympathie du ministre des Affaires étrangères et sur la réorganisation incomplète de l’armée. M. Isvolski, lui aussi, a eu des surprises. Lorsque le baron d’Æhrenthal, à l’entrevue de Buchlau, fit part à son collègue, dans « une conversation académique » et sans préciser la date, de son intention d’annexer la Bosnie en même temps qu’il renoncerait à ses droits sur le sandjak de Novi-Bazar, le ministre russe, semble-t-il, fut surtout frappé des avantages que la Russie et l’Europe trouveraient à une combinaison qui créerait, dans le Balkan occidental, une situation définitive ; il vit l’Autriche posant elle-même une borne à son expansion balkanique et renonçant à cette « politique des chemins de fer » qui avait, quelques mois auparavant, si fort alarmé la Russie ; il crut que son pays pourrait trouver, dans la combinaison, des avantages compensateurs ; mais il ne prévit ni le déchaînement de la presse et de l’opinion russe et slave, ni l’opposition des grandes puissances au nom des traités violés, ni les revendications ardentes des Jeunes-Turcs. De ces surprises et de ces incertitudes du début, résulta un certain flottement, une certaine hésitation dans les décisions à prendre et dans les méthodes à suivre ; on laissa s’aggraver une situation qui aurait pu être résolue beaucoup plus tôt. Heureusement, chaque fois que le feu a paru sur le point de s’allumer, les pompiers sont accourus, toujours empressés, mais parfois maladroits ; il convient pourtant de leur savoir gré d’avoir réussi, pour quelque temps, à noyer sous des formules diplomatiques les matières inflammables qu’ils avaient imprudemment laissées s’accumuler.

De ces grandes passes d’armes diplomatiques, les questions de personnes ne sont jamais absentes. Schouvaloff a raconté,