Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/929

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prendre des décisions en conséquence. Mais l’intendant d’Auvergne poussa jusqu’au bout « le courage de la vérité, » et voici de quel style il écrivit à nouveau au premier ministre, le 30 juillet 1770 : « Je sais, monsieur le duc, et personne n’ignore que les maréchaussées doivent vous rendre compte de tout ce qui se passe ; mais il me semble qu’ordinairement ce ne sont point des officiers de maréchaussée que vous avez la bonté de consulter pour diriger les opérations d’administration d’une province et faire agir l’autorité du Roi. D’autant que le défaut de connaissances, l’étourderie, ou de petits intérêts particuliers compromettraient souvent les ordres souverains auxquels tout Français doit autant de respect que de soumission… Je crois qu’il est de mon devoir et de ma reconnaissance pour les bontés et l’amitié particulière dont vous m’avez toujours honoré, de vous parler ainsi. J’aurai d’ailleurs l’honneur de vous entretenir de cette affaire, à mon premier voyage à Paris… »

Une pareille lettre grandit également l’inférieur qui l’écrit sans faiblesse, et le supérieur qui la reçoit sans colère. Cette dernière attitude convenait si bien à Choiseul, qu’il fut le premier à féliciter Montyon, lorsque, deux semaines plus tard, les exempts de l’intendant d’Auvergne appréhendèrent Taurin Montagne, et l’emmenèrent dans la prison de Clermont. Les félicitations du contrôleur général vinrent ensuite, puis celles de M. de Saint-Florentin, ministre de la Maison du Roi, puis celles des fermiers généraux… Montyon commençait à prendre quelque orgueil, quand, un beau matin d’été, Taurin Montagne bondit à travers les ruelles du vieux Clermont et gagna le chemin de Lezoux.

De l’aveu même de l’intendant, l’alerte fut très vive : « Il vient de s’évader des prisons de cette ville, écrivit-il à M. de Saint-Florentin et au contrôleur général, neuf hommes, dont huit criminels et un prisonnier pour dettes ; du nombre des premiers est le nommé Montagne, déserteur, assassin, contrebandier fameux, que j’avais eu tant de peine à faire arrêter… Les prisonniers se sont évadés à cinq heures et demie du matin, j’en ai été averti à six ; je venais de prendre médecine, cela ne m’a pas empêché de lancer les ordres nécessaires, pour qu’on donnât aux coquins la chasse la plus rapide ; aussi ont-ils été repris le même jour. » A quoi M. de Saint-Florentin répondit par de nouvelles félicitations, et en ajoutant fort consument : « J’ai vu avec peine