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LA TRANSFORMATION DE LA CHINE.

indispensables à son adaptation au milieu ambiant, le sentiment populaire a eu, lui aussi, l’intuition des exigences de l’heure présente et a secondé l’action du pouvoir : il l’a même parfois provoquée et devancée, par exemple dans la question de l’extension du réseau des voies ferrées et dans celle de la suppression de l’usage de l’opium. Cet état d’esprit de la nation, favorable aux innovations, est d’autant plus intéressant à connaître qu’il est d’origine récente et résulte d’un vrai revirement des esprits. Naguère les Chinois se montraient réfractaires à la pénétration des chemins de fer. En vain, les Européens, désireux de trouver pour leurs capitaux un nouveau champ d’action, cherchaient-ils à leur démontrer l’utilité de l’opération. Les mandarins craignaient que la construction des chemins de fer ne nuisît à leur prestige et à leur autorité, et les populations ne pouvaient supporter sans irritation que les tombeaux des ancêtres disséminés dans la campagne fussent déplacés pour la pose des rails. Les Chinois se flattaient d’ailleurs que leurs routes, leurs fleuves, leurs canaux, leur système de courriers officiels et de signaux lumineux visibles de l’un à l’autre leur suffisaient comme moyens de communication.

Cependant les besoins sans cesse grandissans du commerce et surtout la nécessité de prendre des mesures de défense en vue de la sauvegarde de Pékin, exposé par sa situation géographique aux coups d’une expédition européenne, les avaient amenés à construire certaines lignes et, au moment de la guerre sino-japonaise, celles de Pékin à Tien-tsin et de Pékin à Chan-Haï-Kouan dans le Nord, étaient ouvertes à l’exploitation. Après la guerre, ce fut à qui parmi les Européens et les Américains profiterait de la faiblesse de la Chine vaincue et se ferait délivrer des concessions. Le territoire chinois fut pour ainsi dire dépecé en tranches ou zones d’influence économique. Les Russes se firent adjuger le Transmandchourien, de Mandchouria à Dalny, puis la partie de la ligne de Kharbine à Wladivostock, passant sur territoire chinois. Un syndicat franco-belge obtint la ligne Pékin-Hankéou, l’Allemagne celle de la ligne Kiao-Tchéou à Tsinan-fou dans le Chantoung, la Franco celle de Laokaï à Yunnan-sen et celle de Packoï. Les Anglais se firent concéder la ligne de Changhaï-Nankin et celle de la rivière Weï, affluent du Péï-Ho à Ngan-Hoeï ; les Américains, celle de Canton à Hankéou. M. Pritchard-Morgan allait jusqu’à obtenir, grâce à