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LE VOYAGE


J’ai pris un tel vol vers le soir
Aux architectures de songe,
Qu’en un magique essor je plonge
Jusqu’où l’œil ébloui peut voir,

Et qu’émerveillé je promène
Mon âme épanouie en eux
Jusqu’aux rêves vertigineux
De quelque extase surhumaine.

Epique, aspirant sans effroi
Les souffles ardens de l’espace,
Je dispute à l’aigle rapace
Les champs vermeils dont il est roi ;

Et, tandis que l’oiseau fuit l’aire,
Je puis enfin contempler seul,
Couché dans son pourpre linceul,
L’agonisant crépusculaire.

Plus loin, plus haut, plus vite encor,
Si loin que nul n’ose me suivre,
Ruisselant de taches de cuivre,
Criblé d’éclaboussures d’or ;

Parmi ce qui jaillit, fulgure,
Etincelle, rutile, bout,
Héroïque et fier jusqu’au bout,
J’éploie une rouge envergure ;

Et, dans un tourbillon porté
Près du sanctuaire écarlate
Où toute ivresse se dilate,
Où rayonne toute beauté ;