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Montauban, 13 septembre 1901.

Ma chère amie,

C’est affreux de penser ce que vous avez dû souffrir, vous et ce délicieux petit être que j’ai toujours vu si plein de vie et de santé. Oui, l’épreuve a dû être bien dure. Je vous vois, vous et ce pauvre G…, si bon et si émotif, et ces deux grandes sœurs penchées sur le petit lit, vers la chère tête déjà effleurée par la grande ombre menaçante. Eh bien, moi, malgré tout, ce n’est pas ainsi que je le vois, le cher petit homme. J’oublie bien vite cette vision du malheur pour me rappeler le bambin jouant à l’escarpolette dans votre jardin de Foix ou l’écolier que nous ramenions ensemble du lycée de Périgueux. C’est la vraie image qui demeure et qui va devenir une réalité. Je vous plains bien cependant. Ça meurtrit le cœur profondément, ces angoisses, et ça obscurcit l’imagination ; ça détache un peu plus de la vie à laquelle nous avons besoin de croire pour la vivre. Je compte sur votre habituelle énergie pour vous remettre sur pied, je compte aussi sur la santé revenue de Jean et sur votre joie de la voir revenir ; je compte encore sur le spectacle de bonheur de vos deux fiancés qui vous forceront à reprendre l’habitude de sourire.

Ce que j’ai fait depuis un mois ? Rien de bon, à peine de travail, encore moins de plaisir. Rien qu’une pointe de quelques jours en Roussillon quand ma femme a été assez bien pour me donner congé. Mais là je me suis abîmé de fatigue et j’expie présentement une folie d’excursionniste. Je me traîne avec une atteinte de bronchite dont je ne peux pas me délivrer. Mes soixante et un ans qui vont arriver tantôt me trouveront bien languissant, bien découragé et bien mal résigné à vieillir. Qu’y faire ? J’ose à peine penser à demain et après-demain que sera-ce ? Vous qui avez de l’énergie et du courage à revendre, si vous vouliez m’en envoyer pour deux sous.

Je vous serre les mains bien affectueusement, ma chère amie, et vous charge de mes souvenirs pour tous.


Montauban, 8 février 1902.

Ma chère amie,

J’ai su à Paris le malheur arrivé à vos enfans. C’est une grande tristesse au seuil de la joie, de la leur et de la vôtre. J’ai