Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/420

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Vous avez encore beaucoup de belles années devant vous, beaucoup de belles choses à voir et à entendre. J’ai besoin, pour me résigner à mes décadences et à mes infirmités, de penser avec certitude à la santé et à la joie de mes amis. Le bonheur des autres est, je crois bien, le seul dont je puisse jouir désormais ; et je voudrais que vous en ayez une belle part.

L’altitude n’a rien changé à mes misères, mais j’ai oublié d’y penser pendant quelques jours ou j’y ai pensé avec moins d’amertume. Mes idées noires ont eu quelques reflets des neiges et des lacs. Des images de suavité ou de grandeur se sont fixées dans ma mémoire. J’ai aimé un pays nouveau. Je vous dirai, quand j’aurai le bonheur de vous voir, le charme de Chambéry. C’est une chose trop particulière pour que j’essaie de vous l’exprimer en quelques lignes. J’ai peur pour mes nerfs des mélancolies de l’automne. Et que deviendrai-je avec les noirceurs de l’hiver ? Remerciez bien ma chère correspondante D… de sa bonne petite lettre. La voilà revenue auprès de vous et J… pas loin. J’aime à vous savoir ainsi aimée et entourée. Jean s’est-il bien amusé, à Cavillac ? Je l’embrasse bien affectueusement et j’envoie à tous mes meilleures amitiés.


Montauban, samedi 1er novembre 1903.

Ma chère amie,

Votre philosophie s’enrichit chaque jour de quelque nouvelle expérience. Le bon Nadaud l’avait sans doute éprouvé avant vous et avant moi ; rappelez-vous le Nid abandonné :

L’affection comme les fleuves
Descend et ne remonte pas.

Cette Lapalissade continue à être vraie ; Hervieu, dans sa Course du Flambeau, n’a pas voulu dire autre chose. Résignons-nous, ma chère amie, et laissons descendre notre affection sans en espérer aucun retour. Quelques larmes quand nous nous en irons, quelques couronnes à la Toussaint chaque année. Encore s’il fait mauvais temps, les fait-on porter, — je l’ai constaté aujourd’hui, — par ses domestiques.

Le monde est vieux ; il le serait plus encore s’il ne rajeunis sait pas par l’oubli. Ces constatations plutôt amères ne s’appliquent heureusement pas à notre amitié qui, toute vieille qu’elle