Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/43

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de l’acte, les caractères du génie. Jeanne, dans cette période de sa vie, est clairement et humainement admirable.

Mais le génie, l’intelligence, le courage, ce n’est pas tout Jeanne. Ses facultés extraordinaires ne sont que les instruirions de la volonté supérieure qui l’anime. Ayant pris son inspiration et la mesure de son action dans l’au-delà, elle ne s’achève pas, elle ne se réalise pas dans le train ordinaire des affaires humaines.

Les œuvres d’ici-bas ne sont grandes que conçues et accomplies sous l’angle de l’éternité. Aussi, parmi ces œuvres, celles qui sont dignes de subsister brisent le cadre trop étroit de l’existence individuelle. Elles échappent et s’épanouissent dans la mort.

Jeanne va se retrouver, dans l’unité absolue de son existence incomparable et de sa destination céleste, à Rouen, devant ses juges, parmi les flammes. Là, elle quitte les contingences, brise l’entrave, délaisse le relatif des conceptions ordinaires ; elle reprend le dialogue avec « les voix… »

Ainsi alterne le rythme de cette prodigieuse carrière : la formation fut humaine, la mission divine ; l’abandon fut humain, la condamnation sera divine.

Pour que la leçon fût complète et que les hommes apprissent, sans le comprendre, une fois de plus, le peu que l’individuel et l’éphémère compte en présence du général et du définitif, il fallait qu’ils accablassent, en elle, le divin pour que le divin prît sa revanche et les laissât éblouis, en regagnant, sous leurs yeux, par un essor d’abnégation joyeuse, sa demeure, l’Éternité.


GABRIEL HANOTAUX.