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Revue littéraire – Récentes études sur Fénelon


« Il fallait faire effort pour cesser de le regarder… » C’est en ces termes, on s’en souvient, et par cette forte et pittoresque expression que Saint-Simon caractérisait l’étrange séduction que dégageait la personne même de l’archevêque de Cambrai et à laquelle on ne résistait guère. L’homme et l’œuvre continuent d’exercer sur nous le même charme. Nous en avons eu, cet hiver, une preuve nouvelle. Tout ce qui compte dans le Paris lettré a fait ses délices d’entendre parler de Fénelon. Il est vrai que c’est M. Jules Lemaître qui en parlait. Disons donc que l’attrait était double. Et je ne crois pas inutile de noter en passant, à l’adresse de ceux qui ne cessent de reprocher sa frivolité au public parisien, qu’un des événemens « parisiens » de l’année, ce fut un cours professé par un critique sur un théologien, et sans qu’on eût réclamé le concours d’actrices en vogue pour lire les citations. La vérité est que partout où il est attiré par le talent, le public accourt. Les dix conférences de M. Jules Lemaître réunies en volume [1] font un livre exquis. Comme dans ceux qu’il avait consacrés à J.-J. Rousseau et à Racine, M. Lemaître ne prétend aucunement nous donner sur son auteur une étude complète où, tout en renouvelant le sujet, il l’épuiserait. Il est arrivé à un âge, et à une sagesse, où l’on ne se leurre plus de telles illusions ; ce sont nos jeunes camarades de l’École normale qui intitulent leurs travaux d’écoliers des « définitifs ; » à moins qu’ils ne mettent dans l’emploi de

  1. Fénelon, par M. Jules Lemaître, 1 vol. in-16, Arthème Fayard. — Cf. Etudes critiques sur Fénelon par M. Moïse Cagnac, 1 vol. in-16, Lecène et Oudin.