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Jeanne d’Arc [1]


VI. LA CONDAMNATION — LE JUGEMENT DES JUGES. — LE JUGEMENT DE L’HISTOIRE [2]


IV

Dès le premier interrogatoire (21 février), se joue la partie principale : Jeanne reconnaîtra-t-elle la compétence du tribunal où siège comme juge l’évêque de Beauvais en attendant le vice-inquisiteur ? Ils sont, en face d’elle, quarante-deux. On ne lui a donné nul conseil ; on ne l’a avertie de rien. Elle sort du caveau où elle a passé deux mois. On a lu, hors de sa présence, les pièces initiales de la procédure ; elle ignore tout.

Cauchon fait un court exposé de l’affaire et, à brûle-pourpoint, il demande à Jeanne le serment, ce qui implique l’acceptation de la compétence : « Jeanne, la main sur les Saints Évangiles, prêtez serment de dire vérité sur les questions qui vont vous être adressées. » Mais, elle, aussitôt : « Je ne sais sur quoi vous voulez m’interroger. Peut-être me demanderez-vous des choses que je ne dois pas vous dire. » Le juge est surpris ; il insiste.

Elle n’entend pas se dérober. Le « défaut » serait une défaillance et un désaveu. « Elle répondra, dit-elle, sur ce qu’elle a fait, mais non sur ses révélations qui viennent de Dieu ; elle ne les a dites qu’au seul roi Charles ; lui couperait-on la tôle, elle se tairait sur cela. »

Excellent terrain de défense. Voulant et désirant s’expliquer,

  1. Copyright by Gabriel Hanotaux.
  2. Voyez la Revue des 15 mai, 1er et 15 juin, 1er et 15 juillet.