Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/796

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Quelques semaines après, il écrivait à la même Mme de Guitaut :


Madame, on m’a remis, à mon réveil, le 20 novembre, deux lettres et de vieux journaux… La seconde lettre, madame, était la vôtre. Le timbre en était effacé ; mais au premier coup d’œil, j’en ai reconnu l’écriture, et j’en ai baisé l’enveloppe. La surprise que me causait cette faveur inespérée, et les bontés dont cette lettre était remplie, autorisaient un tel transport…


On conçoit sans peine que Mme de Guitaut « laissât lire » les lettres de Joubert « devant vingt-cinq personnes, » qu’elle trouvât « son style charmant, » et qu’elle lui écrivît ceci, qui dut singulièrement flatter un lecteur assidu et un admirateur enthousiaste de Mme de Sévigné, laquelle, disait-il, lui était « toutes choses : »


Je vais joindre vos lettres à celles]que renferme un certain carton que vous avez vu avec autant d’intérêt que pouvait vous en laisser la brièveté du temps ; les grâces de Mme de Sévigné seront enchantées d’avoir une nouvelle compagne, et tous les autres cartonnés vous feront place avec empressement.


Mais de toutes ces amitiés féminines, celle qui fut, en même temps que la plus ancienne, la plus tendre peut-être, la plus voisine de celle de Mme de Beaumont, ce fut celle de Mme de Vintimille. Joubert l’avait connue en 1802, et bien vite il s’attacha à elle. « Il l’aimait, nous dit son frère, comme la plus tendre sœur ; elle l’entendait si bien, il existait entre leurs deux âmes un tel unisson, une harmonie si parfaite, que M. Joubert disait lui-même que le plaisir de converser avec elle avait pour lui la même douceur que le plus agréable concert. » Il allait jusqu’à la comparer à l’incomparable amie qu’il avait perdue. « Elle était, disait-il de cette dernière, elle était, pour les choses intellectuelles, ce que Mme de Vintimille est pour les choses morales. L’une est excellente à consulter sur les actions, l’autre l’était à consulter sur les idées. » Comme Mme de Vintimille aimait les vieux livres, Joubert, bibliophile passionné et délicat, se faisait une joie, au jour de l’an, et le 22 juillet, anniversaire de leur première rencontre décisive, de lui offrir l’un des volumes les plus précieux de sa bibliothèque. Il y a telle lettre de lui, pour accompagner l’envoi d’un petit Pétrarque, qui devrait devenir chère à tous les amoureux des livres et à tous les amoureux de l’amitié :