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LA GUERRE DE 1870




NOTRE PREMIÈRE DÉFAITE. — L’INACTION JUSQU’AU 6 AOÛT




I

Proud’hon a écrit un livre intitulé Les contradictions économiques, dans lequel, examinant les principes les plus opposés, il démontre que chacun d’eux peut être rationnellement vrai en le considérant d’un certain côté. Quel livre intéressant il y aurait à faire sous le titre de Contradictions militaires ! Là, plus qu’en économie politique, il est exact que des principes les plus opposés sont également vrais dans les circonstances données. Ainsi enseigner qu’un chef de corps doit obéir strictement à l’ordre du généralissime, qui le conteste ? Mais n’est-il pas également vrai que, malgré cet ordre, il doit dans certains cas marcher au canon de sa propre initiative ? Il est indubitable qu’un chef doit se tenir en dehors de l’atteinte du feu, derrière ses troupes, afin que sa blessure ou sa mort, qui les priverait de direction, ne les mette pas en désarroi ; mais n’est-il pas des rencontres, où, sous peine de voir sa journée perdue, il doit, comme le firent dans tous les temps, les vrais capitaines, courir de sa personne au milieu de ses soldats afin de leur rendre le moral et les ramener au combat ? Il n’est aucun des préceptes professés dans les écoles de guerre qui ne soit susceptible d’objections, de limites, d’exceptions ; il n’en est aucun, quelque autorisé qu’il paraisse, qu’on ne puisse contester, et que, le cas