Page:Revue des Deux Mondes - 1911 - tome 1.djvu/957

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ignoré jusqu’ici, à savoir qu’il y avait eu, et tout récemment encore des conversations militaires avec l’Angleterre. Et contre qui ? demande-t-on : contre l’Allemagne, évidemment ! Tout le monde conspire contre l’innocente Allemagne et nourrit contre elle les plus mauvais desseins, de sorte qu’elle n’a d’autre ressource, suivant un refrain cent fois répété, que de tenir sa poudre sèche et son épée affilée ! Nous ignorons, bien entendu, s’il y a eu des conversations militaires anciennes ou récentes entre la France et l’Angleterre, mais quel crime les deux pays auraient-ils commis s’ils avaient envisagé certaines éventualités et s’ils avaient voulu se rendre compte de ce qu’ils auraient à faire au cas où elles surviendraient ? Il faut écarter de soi aussi longtemps et aussi loin que possible, tout ce qui pourrait provoquer la guerre, mais il faut toujours la regarder comme possible, et il n’est pas douteux que, le jour où elle éclatera, elle le fera avec la rapidité et la brutalité d’un coup de foudre. Il est donc assez naturel de croire que la France et l’Angleterre ont échangé quelques vues sur ce qu’elles auraient à faire à l’occasion. Comme il n’y a pas d’alliance positive entre elles, il ne saurait non plus y avoir pour elles d’obligations absolues ; elles gardent leur liberté, mais elles ne veulent pas être prises au dépourvu et être obligées de méditer et de combiner au moment où il faudrait agir. C’est du moins ce que nous augurons de leur situation respective. En quoi l’Allemagne pourrait-elle en prendre ombrage ? On a d’autant plus le droit de dire que toutes ces combinaisons, soit politiques, soit militaires, ont pour unique objet de maintenir la paix, qu’elles l’ont maintenue en effet, et quelquefois à travers des épreuves assez délicates. Que serait-il arrivé si une puissance avait eu l’impression certaine d’être plus forte que les autres ? L’équilibre qui s’est établi entre elles est le meilleur garant de la paix européenne ; peut-être même est-ce le seul ?

Une question qui s’est posée récemment, et qui a pris un caractère assez aigu, montre une fois de plus qu’il faut tout prévoir : nous parlons des fortifications de Flessingue. Flessingue, place hollandaise située dans l’île de Valcheren, à l’embouchure de l’Escaut, était fortifiée autrefois, mais ses fortifications, devenues peu à peu hors d’usage, n’ont pas été rétablies, et on s’était habitué à la pensée qu’elles ne le seraient plus, parce qu’elles semblaient inutiles à la défense de la Hollande, tandis qu’elles pouvaient gêner ou empêcher les puissances garantes de la neutralité belge, si elles voulaient passer par l’Escaut pour accomplir la mission qui leur a été confiée. La liberté de l’Escaut peut être, en effet, dans de certains momens, une