Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/138

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Borromeo, une Trivulzio, une Rangone, d’autres encore, tant et si bien qu’on a pu écrire tout un livre sous ce titre : Les candidatures nuptiales de B. Castiglione. Enfin, cette conspiration de toute l’Italie pour son bonheur aboutit, lorsqu’il avait trente-huit ans, à lui faire épouser une fille qui en avait à peine quinze, une certaine Ippolita Torelli, dont le père, le comte Torelli de Montechiarugo, avait fait métier de condottiere, et dont la mère avait cru devoir assassiner son premier mari, dans son lit, durant son sommeil.

Castiglione ne s’effraya nullement de cet atavisme, et il eut raison. Ce fut un mariage délicieux. On en parla jusque dans les couvens : « Je me réjouis avec vous, ma sœur, en pensant que vous épousez un si noble cavalier que messire Balthazar, écrivait à la fiancée une religieuse du Corpus Christi ; un homme dont on parle, aujourd’hui, comme au-dessus de tous les autres pour son talent et pour son charme, aussi bien que pour sa beauté. » Ce n’est pas qu’ils fussent souvent ensemble. Comme Balthazar était à Rome à défendre les intérêts de son maître, tandis qu’Ippolita restait à Mantoue, dans le vieux palais familial, tout occupée de ses enfans nouveau-nés, le ménage vivait séparé : il n’en était que plus tendrement uni. Elle lui écrivait : « Je n’ai envie de rien que de vous revoir, et quand je pense qu’il me faut vivre quinze jours sans vous, c’est comme si quinze épées me perçaient le cœur. » Il lui écrivait :


Si vous avez été, ma chère épouse, dix-huit jours sans lettre de moi, je n’ai certainement pas été quatre heures sans penser à vous. Et depuis lors, vous devez avoir reçu quantité de lettres de moi, par où j’ai fait amende honorable pour le passé. Mais, en vérité, vous êtes bien plus dans votre tort que moi, car vous ne m’écrivez que lorsque vous n’avez rien d’autre à faire. Il est vrai que votre dernière lettre est fort longue, Dieu merci ! Vous dites de me faire dire par notre comte Ludovico à quel point vous m’aimez. Je pourrais aussi bien vous dire de demander au Pape combien je vous aime, car certainement tout Rome le sait et chacun me dit que je suis triste et préoccupé parce que je ne suis pas avec vous. Je n’essaie pas de le nier et tout le monde souhaite que je vous envoie chercher, à Mantoue, et amener ici auprès de moi a Rome. Réfléchissez et dites-moi si vous avez envie de venir. Dites-moi, plaisanterie à part, s’il est quelque chose, à Rome, dont vous ayez envie, et je ne manquerai pas de vous l’apporter. Mais je voudrais savoir ce qui vous plairait le mieux, parce que j’arriverai un beau matin, au moment où vous vous y attendrez le moins et je vous trouverai encore au lit, et vous me déclarerez que vous étiez en train de rêver de moi, de quoi il n’y aura pas un mot devrai ! Je ne peux encore vous dire quel jour je quitterai Rome,