Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/160

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apprend à l’école de Bossuet, Brunetière déclarait encore que l’une des principales leçons qu’il avait personnellement puisées dans l’étude du grand écrivain, c’était la distinction des différens ordres de vérités et des différons ordres de certitudes. Or, est-ce là une idée de Bossuet ? Peut-être, et l’on pourrait sans doute trouver plus d’un texte à l’appui de cette assertion. Mais c’est surtout une idée de Pascal, et l’on sait assez que la fameuse théorie des trois ordres est l’une des maîtresses pièces des Pensées. Et n’est-il pas curieux de constater que le Bossuet qu’aime et admire particulièrement Brunetière, c’est surtout celui qu’il s’est complu à voir à travers Pascal ?

L’a-t-il d’ailleurs toujours vu à travers Pascal ? Ce n’est en tout cas pas faute d’avoir, durant toute sa carrière, lu et relu les œuvres du grand orateur. On voudrait pouvoir le suivre dans ces lectures successives et noter les impressions successives qu’il en retirait. Et d’abord, à quelle époque, exactement, a-t-il pris pour la première fois contact avec Bossuet ? Et Bossuet figurait-il parmi les vastes lectures que le jeune rhétoricien du lycée Louis-le-Grand, « vétéran irrégulier, élève intermittent, et qui travaillait à côté, » entreprenait pour son propre compte ? Nous ne savons ; mais cela semble assez probable, car, un peu plus tard, après la guerre, alors qu’à l’institution Le large, il était le compagnon de chaîne de M. Bourget, « le XVIIe siècle et Bossuet, — nous rapporte l’auteur du Disciple, — revenaient sans cesse dans ses propos. Je crois l’entendre me disant : « Ce coquin de Fénelon ! » du même accent que s’il eût parlé d’un camarade indélicat et dont il eût eu à se plaindre personnellement, tant était grande sa ferveur pour l’impérieux évêque de Meaux. » Mais s’il lisait déjà et admirait passionnément Bossuet, s’il poussait le zèle pour cette grande mémoire jusqu’à publier en 1882 une édition peu connue des Sermons choisis, il lui résistait encore, témoin cette figure curieuse que je trouve dans des pages inédites de la même époque sur l’Encyclopédie : « Depuis ce grand Bossuet à l’abri duquel je souffre de ne pouvoir me mettre. » « Ce grand Bossuet, » Brunetière le retrouvait encore à plus d’une reprise dans ses cours à l’Ecole normale, d’abord en 1887, quand il enseignait l’histoire littéraire du XVIIe siècle, puis en 1890-1891, quand, durant toute cette année scolaire, il parla de Bossuet. Je me rappelle encore ces trente leçons si fortes, si pleines, où ses dons d’orateur, de