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Le bilan de la génération littéraire de 1870


Quelle physionomie doit garder dans l’histoire la génération littéraire dont nous avons étudié quelques-uns des principaux représentans ? C’est ce que l’on voudrait, en guise de conclusion à cette première série d’ « esquisses contemporaines, » rechercher brièvement ici.


I

Deux grandes influences, l’une d’ordre national, l’autre d’ordre intellectuel et moral, se sont exercées sur ces écrivains qui arrivaient à l’âge d’homme il y a quelque quarante ans.

La première est celle de la guerre de 1870. Je ne crois pas qu’on puisse en exagérer l’importance. C’est le propre des grands événemens comme celui-là, non seulement de bouleverser les destinées individuelles et collectives, mais encore d’atteindre jusqu’à l’âme de ceux qui en ont été les témoins. Et quand ces âmes sont des âmes d’artistes ou de penseurs, plus sensibles, plus inquiètes, plus vibrantes que d’autres, la répercussion d’un désastre public s’y fait sentir avec une singulière, une douloureuse acuité. Quel est celui d’entre ceux que j’ai cru pouvoir appeler les « maîtres de l’heure » qui serait exactement tout ce qu’il est, si, à cet âge où les fortes impressions entrent en nous avec une sorte de violence irruptive pour n’en plus jamais sortir, il n’avait pas vu de ses yeux l’année terrible, la patrie vaincue, violée, envahie, mutilée, et les sanglans désordres de la Commune, et les tragiques convulsions d’un grand peuple qui croit